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Une correspondance comme on en rêve lorsqu'on écrit et que je vous livre sans autre commentaire que celui de l'éternel remerciement pour cette échange magnifique. Merci !

Au Commissaire Merle,
 
Au-delà de l’intrigue ce sont des tranches de vie que j’ai partagé, des humanités que j’ai rencontré comme dans la vraie vie. Rien de fictif, de factice, une réalité criante du possible devenir de certains d’entre nous.
Les imbroglios qui concourent à multiplier les rebondissements où l’on perd parfois l’âme des personnages (ou tout bon ou tout méchant) font que je ne suis pas adepte des romans policiers ; comme à l’inverse quand on a la quasi-certitude dès le début du roman de connaître l’assassin qui, dans un ultime soubresaut n’en est pas un, tout au plus un être exécrable qui s’est trouvé au mauvais moment au mauvais endroit et qui doit son mauvais sort à un personnage sorti de nulle part. Je ferme le livre déçue ! Sans parler de ces inspecteurs ou commissaires d’une vulgarité sans précédent ou aux moeurs débridées. Chez Merle, rien de tout cela au contraire. Un espace-temps commun, des personnages attachants, ordinaires qui du fait de n’être que des hommes n’en sont pas pour autant dotés de faiblesses, comme tout un chacun, il en va de soi. Une banalité de la vie dans des situations de la vie courante. Ni mauvais, ni bons, les personnages sont ce qu’ils sont, des êtres humains. Tous différents et tous avec leur propre histoire, celle qui fait ce que nous sommes ou ce que nous devenons au travers des rencontres, des échanges qui nous font avancer ou au contraire vivre à travers le passé, celui que l’on ne voulait pas perdre parce qu’il semblait ne pas y avoir d’avenir plus radieux que l’instant présent, celui des regrets sans doute (celui peut-être de Muguette, dont aucun spécialiste ne parvient à déceler les causes de sa maladie et dont Merle n’est nullement responsable, puisqu’à mon sens chacun est responsable de soi). Elle incarne aussi pour moi une citation de Cioran « naître c’est déjà mourir ». Si ce personnage est loin d’être central de par ses rares apparitions dans les nouvelles, elle est, à ma lecture, le personnage central, celui qui relie tous les autres dans leurs faiblesses et leurs forces. Je devine qu’elle a été très forte avant, avant de vivre dans sa tête et plus parmi les hommes. Elle les suit de son silence. Elle est la complice de Merle, son alliée la plus fidèle et la plus fiable. De quoi tiendrait-il son instinct si ce n’est pour moi de cette relation très intime qu’il entretient avec elle ? D’ailleurs pourquoi ne parler que d’elle au présent et jamais de ce qu’elle fût (à moins que dans les autres nouvelles vous ne révéliez cet aspect de sa vie que je connais pas) ?
Ce n’est que mon point de vue, celui qui me réconcilie avec le genre policier dont Agatha Christie (et d’autres …) m’avait éloignée…. Je ne vois chez vous aucun lien avec ses enquêtes policières, mais des récits originaux, à plus d’un titre, écrits avec toute la simplicité et la justesse des mots qui font que je n’ai pas lâché le livre avant la fin, que je n’ai pas cherché à savoir qui était l’assassin, mais à faire la connaissance de chacun des personnages. Pas un ne domine l’autre, ne vole la vedette à l’autre et si Merle est celui qui résout les enquêtes il ne serait rien sans Muguette, Marchand et tous les personnages qui l’entourent. Une belle leçon d’humanisme. C’est aussi pourquoi Archimède, Muguette, la place Guy Coquille suffisent à mes yeux à la connaissance de ce personnage… les intervenants de chaque nouvelle, les lieux historiques qu’il parcourt au fil de ses enquêtes nous en apprennent à chaque fois un peu sur lui plus à dose homéopathique. Il faut rencontrer l’autre pour apprendre à le connaître. A chacun de nouer des relations et puis vous ne pouvez pas tout révéler de vous ! (à moins que je ne me trompe, mais c’est après un échange, des mots, que l’incarnation du personnage par son auteur m’a semblé une évidence….). Ne me répondez pas à ce sujet j’ai bien l’intention de lire les autres aventures du commissaire (et d’en savoir un peu plus) et d’acquérir quelques titres pour le Cdi du lycée dans lequel je travaille. L’accessibilité de la lecture, le genre littéraire et les intrigues devraient trouver son public auprès des élèves.
C’est en cela que j’aime lire, être ailleurs tout en étant proche du genre humain. Le plus grand bonheur est d’être entouré (ce n’est pas de moi mais de Matthieu Ricard). Les êtres des livres sont ceux que l’on peut croiser dans la vie ! Et leur vie est parfois moins chaotique que celle de certains de mes amis….
 
Des impressions, rien de plus en attendant de vous lire à nouveau,
Bien à vous,
Anne  correspondante de presse pour le JDC (depuis peu …)