Le Blog de Michel Benoit

22 juillet 2014

PAR QUEL BOUT PRENDRE UN VERS ?

VERRES DERRIERE UN COMPTOIR

PAR QUEL BOUT PRENDRE UN VERS ?

Éméchés, affalés tout le long d’un bar
Sans se préoccuper du peuple des barbares,
Deux vers bien arrosés défendent leur message.
L’un se disant libre l’autre se disant sage.
Le vers libre.
Je fais ce que je veux et aussi ce qui me plait.
L’essence pour moi est dans ce que j’émets.
Le vers classique.
Que tu sois libertin, ne tiens qu’à ta nature
De prendre ainsi les choses avec désinvolture.
Moi je prends mon pied dans l’équilibre des mots
Le rythme et la musique ne seront pas mes maux.
Le vers libre.
Mais je ne m'en laisse pas conter sur la liberté.
Elle représente pour moi une façon d’exprimer.
Le vers classique.
Comment procèdes-tu pour te mettre sur pied,
Quand ta phrase bancale, à l’oreille fait pitié ?
Le vers libre.
je donne un coup de pied à tous les vers classiques,
J'ai le rythme dans la peau mes dits font la musique.
Le vers classique.
Mais je suis régulier c’est ça qui m’a formé
Comme la prosodie nous en avait sommé.
Le vers libre.
Cela t’évite des revers mais pas la précision !
Le vers classique.
Mais qu'entends-tu par là ? Le charme est concision !
Le vers libre
Ton fond est déformé, quelquefois, par le style !
Tu circonvolutionnes pour terminer futile.
Le vers classique.
le fond doit s'adapter à la forme donnée !
Le vers libre
Il ne t'arrive jamais d'être mal luné ?
Le vers classique
Tu doutes, tu n’es pas versé dans la poésie.
Et je le sens, en toi, une certaine jalousie.
Le vers libre
Disons que je suis pas son valet de pied.
Et me laisse jamais marcher dessus les pieds…
MORALITE
Il faut vivre un texte avec ses qualités

Le fond et la forme sans les sacrifier.

MONDOLIUS

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21 juillet 2014

Le commissaire Merle prend ses quartiers d'été !

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C'est au donjon de Menetou couture que le père du commissaire Merle avait décidé de prendre ses quartiers d'été ce week-end. Ce fut aussi pour lui l'occasion de prendre un bol d'air bien mérité après une longue période d'absence dans les salons du livre. " Un air d'été " s'était transformé en un air de fête en ce dimanche et même l'instabilité météorologique n'avait pas réussi à décourager les curieux et les amoureux de l'art qui étaient venus en nombre dans les jardins du donjon. Car c'est de l'art dont il s'agissait. Tout d'abord avec des expos de peintres de l'association Regard, de sculptures exposées, de pierre, de bois, des totems magnifiques, de la musique aussi avec Michiko 66 ( mon vieux pote Jean-Michel Marchand ) et ses choeurs et le groupe Misja Fitzgerald Michel & Hugh Coltman, de la poésie aussi avec des lectures de recueils, celui de Gérard Roussel et des passages du livre de Michel Chastaing, qui a pour l'occasion troqué sa palette de couleur et ses pinceaux pour sa plume. A l'ombre, sous les arbres magnifiques du jardin du donjon, abrités sous des tentes aérées, les hommes de lettres et de traits s'étaient regroupés... Duff et son éternel humour et ses bandes dessinées, David Nicolas et ses crayons de papier bien aiguisés, qui croquait les passants, qui eux faisaient une drôle de mine devant tant de talent pour ces caricatures, et le commissaire Merle, ou plutôt son auteur, qui venait présenter dans ce beau département du Cher, entre deux verres de Pouilly, son dernier livre " Les Mystères du Cher " édité aux Éditions De Borée.

Une bien belle journée malgré quelques gouttes de pluie et quelques orages malveillants, mais qui eurent tout de même le mérite de nous rapprocher et de mieux nous connaître.

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15 juillet 2014

La Croisade des chiens de guerre de Pierre Duriot

10257963_544214192364135_1267862462010096568_nLa Croisade des chiens de guerre

Des électrons libres lancés à pleine vitesse sur une trajectoire chirurgicale occasionnent parfois des collisions dantesques. Thomas

est de ceux-là, marqué au fer rouge par les frappes obscures de la vie moderne, débarrassé des convenances, évoluant sur

des critères hors de la civilisation. En solitaire ou associé, il déclenche à son insu de ces battements d’ailes de papillons entraînant

des cyclones à l’autre bout du monde. Brian Thomas, meurtri par la vie, courant en tous sens à la recherche d’un siège, comme un

retardataire dans un cinéma bondé, va faire changer le film de l’Histoire, en tourner les arrière-plans, intégrer son épisode personnel

dans la version officielle et engendrer un univers officieux, plausible, ignoré des gros titres de l’actualité : Manhattan-Kaboul en

version noire.

Enseignant, essayiste, mais également passionné de voyages et d’actualité,

Pierre Duriot mêle plusieurs univers personnels et assemble une fiction au bord

du réel, reflet des épopées imaginaires peuplant son agitation perpétuelle.

 

14,50 € Aux Editions de L’Harmathan

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14 juillet 2014

Le service militaire, moi je n’ai pas connu.

 

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Le service militaire, moi je n’ai pas connu.

 

Moi, j’me sens toujours mal après un bon dîner,

Quand on a bien mangé et qu’on est tous repus,

Il y a toujours un ami qui nous parle de l’armée.

Le service militaire, moi, je n’ai pas connu.

 

J’aurais pu faire comme vous, suivre le peloton,

Défiler en cadence sur toutes les avenues,

Mais la musique au pas me donnait des boutons.

Le service militaire, moi, je n’ai pas connu.

 

Il paraît que là-bas on se fait des copains,

Des gars bien comme il faut, qui aiment la tenue,

Ça vous transforme en homme n’importe quel clampin.

Le service militaire, moi, je n’ai pas connu.

 

A chaque permission, on s’refile des adresses,

Les filles, ça fait partie des loisirs reconnus,

Certains veulent de la fesse, d’autres de la tendresse.

Le service militaire, moi, je n’ai pas connu.

 

On y apprend à lire, à retaper son lit,

A y prendre sa douche en public, tout nu,

Et que se savonner est loin d’être un délit.

Le service militaire, moi, je n’ai pas connu.

 

Et pour tromper le temps, on y apprend à boire,

C’est une sorte d’examen pour être reconnu,

On s’imbibe d’alcool du matin jusqu’au soir.

Le service militaire, moi, je n’ai pas connu.

 

On s’fabrique de fausses perm’, on apprend à ruser,

A corrompre la garde, à jouer à l’ingénu,

A coudre des boutons sur des treillis usés.

Le service militaire, moi, je n’ai pas connu.

 

Si j’ n’ai pas fait troufion durant toute une année,

C’est que ces idées-là m’étaient bien inconnues.

Moi, je me sens toujours mal après un bon dîner.

Le service militaire, moi, je n’ai pas connu.

 

Michel Benoit

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10 juillet 2014

Gine Delieure - A ma Mère...

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A ma mère
Oh ma mère autrefois je rêvais de poser
Mon visage attendri sur tes cheveux de soie,
Tiraillant ton jupon pour un simple baiser
Sous ton regard distant s'effilochait ma joie!

J'espérais le doux nid de ton sein cajoleur
Tandis que tu fuyais avare de caresses,
Et quêtais vainement un peu de ta chaleur
Quand mes pleurs dévoilaient le besoin de tendresse!

Puis le temps s'écoula sans les moindres élans,
Un fossé s'agrandit et mon âme blessée
Sentit se déchirer le lien de mère enfant,
Tissé frileusement au fil de mes années!

Mais à te voir souffrant de ce mal d' Alzheimer,
Prise entre la raison et moments de folie,
J'oublie auprès de toi le souvenir amer
Pour t'aimer à nouveau , te rendre un peu de vie!

J'aime tes yeux brillants quand un chant du passé
Réveille de très loin le meilleur de ton âme
J'aime les mots d'amour que mon esprit lassé
De toi n'espérait plus avec autant de flamme!

Comme pour effacer de ses blancs joie et deuil
La neige est en guirlande autour de ton visage,
Ô ma mère clouée au fond de ton fauteuil
Que mon plus doux baiser t'illumine au passage!

Gine Delieure

Gine Delieure est une poètesse qui a écrit un cerain nombre de receuil dont Au coeur de l'absence, l'écho du silence, neige et tison ou encore le petit Pierrot aux yeux tristes....

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09 juillet 2014

Les grandes affaires de l'histoire. Numéro spécial Révolution Française.

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Il est enfin sorti ! Ce mois-ci ne manquez pas " Les Grandes Affaires de l'histoire " Dossier spécial sur la Révolution française. Je vous invite à lire les articles que j'ai écris à cette occasion : La mort des Girondins - Qui a eut la tête de Robespierre - Saint-Just l'archange de la terreur - et bien d'autres encore....Une journée avec le bourreau Charles Henri Sanson....

C'est donc pour moi le début d'une collaboration étroite entre l'équipe éditoriale de ce magazine historique qui fête son sixième numéro en ce début juillet 2014. Un beau magazine avec des articles pertinents sur des sujets passionnants : que demander de plus ?

Longue vie à cet excellente revue et à ma nouvelle collaboration grâce à laquelle je prends un réel plaisir et quand on a du plaisir....

Michel Benoit

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08 juillet 2014

Michel Chastaing à la Galerie Arko à Nevers

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A l’occasion du vernissage de son exposition « de désert à soleils » le samedi 12 juillet 2014 à la Galerie Arko, Place Mossé à Nevers.
Michel Chastaing vous recevra de 14 heures à 19 heures.
A 18 heures Corinne Fréguin et Michel Chastaing liront des extraits de textes poétiques en résonnance avec les œuvres présentées au cours d’un montage vidéo. Ils seront accompagnés de Flyroots Didjeridoo pour la création sonore et musicale.
A 19 heures, moments conviviaux et échanges en toute liberté.

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04 juillet 2014

La clairière lumineuse et Léon Tolstoï

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« Si vous voulez être heureux, soyez le ! »

Yasnaïa Poliana (la clairière lumineuse) à 200 km de Moscou est un vaste et riche domaine de 380 ha, que Léon Tolstoï avait hérité de sa famille maternelle, les Volkonski. C’est ici qu’il naquit le 28 août 1828, et c’est ici qu’il est enterré, parmi les arbres centenaires, dans le coin du parc où la légende familiale voulait que fût enfouie « la baguette verte » capable de libérer l’humanité de la violence et de la souffrance. C’est dans ce lieu que se déroulent son enfance et son adolescence.

Après la révolution de 1917, les paysans de Yasnaïa Poliana décidèrent que le domaine resterait à la disposition de Sophie Tolstoï, la veuve de l’écrivain. A la mort de celle-ci, en 1921, la propriété devint musée. Yasnaïa Poliana occupée par les Allemands pendant 45 jours en 1941, eut à subir de sérieux dégâts. Les restaurations successives en 1948 et 1978 ont redonné au domaine et à la vieille maison, leur aspect d’avant guerre et les meubles et les manuscrits qui avaient été évacués ont repris leur place. La visite comprend celle de la maison de famille et celle du musée littéraire aménagé dans l’ancienne école de Tolstoï.

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L’entrée du domaine est gardée par deux tours rondes, entre lesquelles s’ouvre une allée rectiligne :  la perspective.

La maison date du début du 19ème siècle. Elle est d’une simplicité et d’une intimité qui impressionnent, si l’on songe au luxe dont s’entouraient habituellement des aristocrates moins fortunés que les comtes Tolstoï.

Cela explique, si l’on se rappelle que ce bâtiment n’est qu’une aile de l’ancien château que Tolstoï tenait de son grand père maternel, le Prince Nicolas Volkonski, prototype du vieux Prince Bolkonski de « Guerre et Paix ». Ce château, en bois, construit en 1763 dans le style classique de la fin du 18ème siècle, comprenait un bâtiment central à portique et à fronton (c’est dans ce bâtiment que Tolstoï est né), prolongé vers le nord et vers le sud, par deux ailes symétriques et d’aspect semblable.

En 1854, la construction principale, fut vendue pour payer une dette de jeu (une pierre des anciennes fondations en parque l’emplacement), l’acquéreur la fit démonter et reconstruire à une trentaine de kilomètres de là, au village de Dolgoie. Tolstoï s’établit dès lors dans l’aile nord qui fut agrandie et modifiée pour loger sa famille, tandis que l’aile sud, où l’écrivain installa son Ecole Musée Littéraire, conservait son aspect primitif.

Plusieurs dizaines de personnes vivaient en permanence dans cette vaste demeure où régnait un aimable désordre en même temps qu’un style de vie rigoureux. Les objets familiers et les meubles étaient à leur place et même si celle-ci ne paraissait pas logique, elle était immuable comme les habitudes, les gestes répétés jour après jour. Le visiteur, familier de « Guerre et Paix » ou d »Anna Karénine », retrouve ici nombre d’objets décrits dans ces ouvrages.

Il y avait la chambre du docteur, en effet pendant plus de 10 ans un médecin fut attaché à la famille. Le dernier fut le docteur Makovjtski qui ne parvint pas à empêcher Tolstoï de quitter sa famille et son existence et de partir dans la neige, la nuit du 28 octobre 1910. Tolstoï voulait mettre son mode de vie en accord avec sa philosophie, s’entretenir avec les moines du monastère Optina Poustyn et peut être rejoindre une communauté, mais il mourut d’une congestion pulmonaire dans la gare d’Astapovo qui porte aujourd’hui son nom.

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La chambre voûtée au rez-de-chaussée fut pendant des années le cabinet de travail de Tolstoï. Il y écrivit « La Sonate à Kreutzer ». Il existe un tableau de Repoine représentant Tolstoï dans le cabinet voûté datant de 1891.

La plus grande pièce de la maison était dénommée « La Salle » au premier étage. Les Tolstoï y recevaient leurs amis, l’écrivain jouait aux échecs, les enfants s’amusaient dans un coin. Les meubles sont pour la plupart en acajou et datent du 19ème siècle.

Le salon était surtout réservé à Sophie et Léon Tosltoï. Sur le petit bureau en acajou, qui se trouve aujourd’hui au musée Tolstoï à Moscou et qui est ici remplacé par une table plus simple, Sophie a recopié de sa main des milliers de pages manuscrites de son mari.

Le cabinet de travail attenant était celui de Tolstoï. Nombre de ces récits ont été écrits ici, des contes, des nouvelles, et tous les objets que l’on peut voir dans cette pièce sont ceux dont il s’est servi toute sa vie. Sans doute, celui dont il était le plus fier est le presse papier en verre de couleur vert foncé qui lui avait été offert par les ouvriers de la verrerie de Maltsov après son excommunication par le Saint Synode. L’inscription surtout lui allait droit au coeur ; « Très Honoré Léon Nikolaïevitch vous avez partagé le sort des nombreux grands hommes qui étaient en avance sur leur siècle. Jadis, on les brûlait sur les bûchers ou on les laissait pourrir dans des cachots. Les pharisiens et les grands prêtres peuvent vous exclure comme bon leur semble et comme ils veulent, le peuple russe sera toujours fier de son grand frère, cher et très aimé Tolstoï »

Derrière la table, on trouvera le divan de cuir qui est mentionné dans « Guerre et Paix » et « Anna Karenine ». Ce divan, sur lequel des générations de Tolstoï ont vu le jour, lui venait de son père.

La chambre à coucher, où pendant près de 50 ans Tolstoï dormit. C’est ici qu’il connut des doutes métaphysiques, politiques, sociaux, familiaux, sentimentaux et qu’il prit la décision de tout quitter, la vie civilisée qui lui pesait, le domaine, les honneurs, les jalousies, mais surtout le dévouement passionné, possessif, adorateur, acrimonieux, jaloux de Sophie.

A côté se trouve la chambre de la comtesse Sophie, à la mode du 19ème siècle, encombrée d’icônes, de peluches et de meubles. C’est dans cette pièce qu’elle rédigea jour après jour le Journal de sa Vie, qui est une chronique touchante et pitoyable de son mariage, qui fut publié après sa mort par le gouvernement.

La Bibliothèque renferme des milliers de livres (au moins 28 armoires réparties dans toute la maison), hérités de son grand père et de son père, donnés et dédicacés par les amis, Rolland, Shaw, Gandhi, Barbusse, et d’autres achetés au fil des années et des voyages. Tolstoï parlait et écrivait plusieurs langues, le français avec une prédilection évidente, mais aussi l’allemand et l’anglais. Il était toujours en train d’apprendre une autre langue, tantôt le grec, le polonais, l’hébreu, l’italien, le hollandais ou le tatar.

Le secrétariat : Tolstoï appelait en plaisantant ses pièces sa « Chancellerie » qui réunissait les collaborateurs et secrétaires chargés de trier l’énorme courrier. Les archives de Tolstoï contiennent environ 50.000 lettres et sa correspondance remplit 30 volumes.

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Le Musée Littéraire occupe une partie de l’aile sud de l’ancien château, dans laquelle Tolstoï avait installé une école pour les enfants de ses paysans. C’était une école dont la pédagogie était très en avance sur son temps et l’enseignement se prolongeait au delà de la salle de classe, le maître emmenait ses élèves en promenade, allait chez eux et saisissait toutes les occasions pour éveiller leur esprit. Inutile de dire que cette école inquiétait le gouvernement. Les visites de police répétées obligèrent Tolstoï à fermer son établissement. Il recommença l’expérience plusieurs années après et l’entreprise fût de nouveau arrêtée.

Le parc est composé de belles futaies et de clairières, il s’étend jusqu’à la petite rivière Voronka. On peut y voir le banc de Tolstoï en branches de bouleau. La partie centrale du parc porte le nom de Stary zakaz (le vieux bois) c’est là que Tolstoï a choisi sa sépulture.

La comtesse Sophie et plusieurs membres de la famille reposent dans le cimetière de l’église Saint Nicolas de Kotchaki, à quelques kilomètres au sud du village de Yasnaïa Poliana.

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03 juillet 2014

Alfred Jarry et sa maison de Corbeil

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« L’oubli est la condition indispensable de la mémoire ».

Le jeune Alfred Jarry qui débarque à Corbeil au printemps 1898 n’est pas un débutant du monde des lettres. Il a déjà donné des preuves de son talent original et il a sa place parmi les écrivains de son époque, celle du symbolisme.

Jarry, et cinq de ses amis dont les deux Vallette, louent pour l’année une maison à Corbeil, pour écrire et se reposer, au bord de la Seine, au numéro 19 du quai de l’Apport.

Ce secteur du val de Seine était alors prisé par un certain nombre de gens de lettres qui y avaient une résidence. On y notait deux pôles: la forêt de Sénart où on trouvait Alphonse Daudet à Champrosay, Nadar à l’ermitage de Sénart, Demolder-Rops, illustrateur de Baudelaire, à Essonnes; et la forêt de Fontainebleau, avec les Goncourt à Barbizon, Mallarmé à Valvins, Mirbeau à Veneux-Nadon, Pierre Louÿs et quelques autres à Montigny-Marlotte. Tous étaient liés et se recevaient entre eux. La région était devenue une colonie littéraire.

La maison du quai de l’Apport, élue par les amis, existe encore, inchangée, à Corbeil. Attenante à une autre, en tout sa semblable, un peu en retrait de la rue dans son jardin et derrière sa grille, elle comprend un rez-de-chaussée, un étage et un comble. Seul a disparu le hangar à bateaux à droite, à la suite du percement d’un nouvel accès aux Grands Moulins de Corbeil qui sont sur l’arrière.

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Si Jarry profite de cette maison des bords de Seine pour travailler à ses « Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien » et à son « Almanach du Père Ubu », ce cadre bucolique va lui permettre de donner cours à sa fantaisie et ce, quelle que soit l’activité pratiquée.

Jarry est un cycliste passionné et c’est sur sa machine, achetée mais non payée, qu’il se fait photographier devant le « Phalanstère » , nom donné à la petite commune corbeilloise. Les « cycleries » sont fréquentes, en groupe ou en solitaire, quand il doit se rendre chez son éditeur parisien, Jarry n’emprunte que son vélo. Mais il possède aussi « un as », longue périssoire à

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un seul rameur, aussi nommé « noie chretien » qu’il met à l’eau à tout propos. Promenades, mais aussi pêches sur la Seine, il traque ainsi le « gros pohasson », de préférence en aval de Corbeil, au lieu-dit « les Iles », grâce aux asticots qu’il commande à un fournisseur local, qui livre parfois par erreur, la marchandise chez son homonyme, le pharmacien Jarry dont le nom se lit encore sur une maison au fond de la place de la mairie.

Las des extravagances répétées de Jarry qui tire au revolver sur les oiseaux du jardin, effarouchant ses voisins au passage, le propriétaire met fin au séjour de la bande d’amis.

Il en fallait plus pour décourager notre homme, deux ans plus tard il est de retour à Corbeil. Il loue aux Dunou, qui tiennent un petit cabaret pour mariniers près du barrage du Coudray, un appentis adossé à une vieille remise. Rebaptisé très vite sa « chaumière » ou son « studio du barrage », l’appentis est régulièrement envahi par l’eau de la Seine l’hiver. Qu’importe, Jarry s’en sort en montant sur la table, mais les éclats de verre et les têtes de poissons jonchent le sol, et les rats menacent les pneus de sa bicyclette, le sol n’était balayé que par « celui qui souffle », le vent.

Il décide alors d’acheter, par devant notaire, un petit terrain pour y construire sa propre maison de vacances et commande au menuisier Dubois, une cabane de 3,50 m de côté montée sur quatre pieds, appelée le « Tripode ». Sur un devis de mille deux cent vingt francs, il devait encore mille deux cent onze francs au menuisier le jour de son décès.

Alfred Jarry n’y est venu que de rares fois, sa mauvaise santé l’obligeant à se réfugier à Laval chez sa soeur et la cabane ayant été terminée dix huit mois avant sa mort.

Bien qu’éloigné de son cher Tripode, il y pensait constamment. Les fidèles Vallette surveillaient son petit bien. Après un dernier passage au Tripode en septembre-octobre 1906, il n’y revint plus et mourut à Paris à l’hôpital de la Charité le jour de la Toussaint 1907.

Ainsi s’en alla le pauvre petit père Ubu, Corbeillois d’adoption, étrange phalanstérien et propriétaire peu commun sur ces bords de Seine qu’il a tant aimés.

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02 juillet 2014

Les habitudes surprenantes des grands écrivains.

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De la vie d’un Balzac qui ne souffrait aucune exception à un rythme parfaitement réglé, à celle d’un Alexandre Dumas qui exigeait quelque constante agitation pour que s’exprime la fibre créatrice de l’artiste, l’existence des grands écrivains peut s’avérer être pétrie de singulières manies...

Balzac prétendait ne pouvoir bien travailler que le matin, et l’on va voir ce qu’il entendait par là ! L’auteur du Père Goriot se mettait au lit vers six ou sept heures du soir : il se levait à une heure du matin et travaillait jusqu’à huit.

Puis, il déjeunait copieusement, faisait un tour de promenade et se remettait à la besogne jusqu’à trois ou quatre heures de l’après-midi. Il prenait alors un bain, recevait quelques amis, dînait et se couchait. Il recommençait le lendemain ; cela dura quinze ans.

Un pareil système ne pouvait convenir à Alexandre Dumas père. Très nerveux, toujours en ébullition, il avait besoin de mouvement et exécrait — on le sait — l’existence réglée, où rien n’est laissé à l’imprévu. On raconte qu’un jour, ne pouvant mener à bien, dans le silence du cabinet, un roman qu’il avait en train, il s’embarqua dans une de ces lourdes diligences qui faisaient jadis le service entre Paris et le Havre. Pendant vingt heures il fut cahoté sur les pavés du chemin. Quand il arriva à destination son livre était composé de toutes pièces.

D’autres fois, il demandait à la musique ses meilleurs inspirations : souvent il venait au Conservatoire, se griser de mélodie, et, chez lui, écrivait l’un de ces merveilleux chapitres que chacun connaît. Enfin, on se rappelle qu’il aimait à se balancer sur les flots bleus du golfe de Messine dans une simple barque de pêcheur, pour y chercher, comme en rêve, quelqu’une de ses gracieuses héroïnes.

Théophile Gautier avait, lui aussi, cent façons de travailler. Dans certains bureaux de rédaction, on se rappelle encore à la fin du XIXe siècle comment il composait ses articles. Ecrivant debout sur une table spéciale, il avait à sa droite un sac de bonbons et à sa gauche une botte de cigarettes, dans lesquels il puisait alternativement.

Puis, quand il sentait l’inspiration faiblir, il s’arrêtait, et, à la stupéfaction de ceux qui le connaissaient peu, s’approchait d’une petite pompe qui se trouvait dans un coin, et pendant quelques minutes pompait de toutes ses forces. Cela, disait-il, renouvelait l’oxygène de son sang et lui donnait des idées. Puis il se remettait à écrire.

Dickens et Walter Scott, comme Balzac, travaillaient à hure fixe et surtout le matin. « Entre six et sept heures, dit quelque part l’auteur d’Ivanhoé, la muse me visite ; c’est là, pour moi, le meilleur moment de la journée, l’heure claire où je vois nettement ce que je cherche souvent en vain en d’autres instants du jour. « Quand je le puis, je ne travaille que le matin et flâne en fumant l’après-midi. C’est si bon, un cigare, après quelques heures de besogne ! »

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