VERRES DERRIERE UN COMPTOIR

Le jour où je saurais
 
Le jour où je saurais tout seul couper ma viande
Et trier sans effort tous les mots que je dis
Entrer dans un palace et passer la commande
Sans me prendre aussitôt les pieds dans le tapis
 
Le jour où je saurais compter jusqu'à cinquante
Et ranger des millions dans mon petit panier
Quand j'aurais redressé ma vieille dalle en pente
Et que l'élite m'aura enfin dans ses papiers
 
Le jour où je saurais m'avancer dans la vie
Sans redouter mon ombre et sans raser les murs
Ayant récupéré mon froc sous les orties
Clamant des vérités dont je ne suis pas sûr
 
Quand je n'aurais plus peur de traiter de bourrique
Ces chevaux en armures dressés dans les jardins
Entre l'Académie et le kiosque à musique
Quand j'aurais retrouvé mon Grec et mon latin
 
Le jour où je saurais voir enfin dans la glace
Mes yeux sans sourciller et mes dents sans frémir
Je serais sans problème avec le temps qui passe
Je n'aurais même plus le temps de voir venir
 
Ce jour-là je le sens, je le flaire à distance
Le jour où je saurais marcher seul dans le noir
Je sauterais le pas dans le plus grand silence
Y aura toujours un con, pour vous le faire savoir