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Comme c’est drôle la vie…. Ce matin j’ai acheté le journal du Centre et assis à la terrasse de mon bistro préféré, je me suis endormi. Non pas parce que le dit journal n’était pas intéressant, mais justement parce qu’il m’avait transporté, l’espace d’un article, dans une autre dimension : ma jeunesse. Et oui, ma jeunesse ! Celle où l’on se retrouvait avec les copains, l’hiver, dans le hall d’un immeuble, parce que les parents ne voulaient pas que l’on vienne salir le parquet ou les dalles fraîchement cirées de nos appartements respectifs, et parce que dehors il faisait trop froid pour discuter sans avoir les mains et les pieds gelés… Alors, on se faisait éjecter par le gardien d’abord et par un vigile ensuite, progrès oblige, parce qu’on parlait un peu fort et que cela gênait les locataires du ré de chaussez.

On partait alors à deux pas de chez nous vers le stade, histoire de se réchauffer. Un beau stade de football, avec des gradins en pierre, couvert pour les jours de pluie et entouré de grillages sur tout son périmètre sauf un côté, qui lui était loti d’un haut mur qui nous empêchait de regarder au-delà. A côté de ce mur il y a avait une porte. La porte maudite… Vous comprendrez pourquoi bientôt.

On aimait ça le football, alors comme on n’avait pas un rond pour se payer une cotisation, le maillot, le short les chaussures à crampons de l’équipe qui jouait sur ce terrain, on faisait un trou dans le grillage et l’on réquisitionnait le terrain pour y jouer le jeudi après-midi. C’est là que je reparle de la fameuse porte maudite. Car cette porte nous privait de l’un de nous à chaque intrusion sur le terrain au risque de nous faire dévorer par plusieurs bergers allemands que le gardien du stade lâchait pour nous dévorer. C’est pourquoi l’un de nous était employé à guetter l’ouverture de la porte. Ce stade, appartenait à l’association de la préfecture de police de Paris… Le gardien devait être l’un de ceux qui avait dû certainement participer à la rafle du Vel d’Hiv avec une mentalité pareille…

Pourquoi je vous dis ça d’ailleurs ? Ah, oui… Le journal… Eh bien figurez-vous qu’à Nevers, une ville qui n’a rien de comparable à une banlieue rouge, à un coupe gorge non plus, une ville qui perd ses habitants au fil des ans et qui voit sa jeunesse partir vers d’autres cieux faute de FAC etc… Eh bien figurez-vous qu’à Nevers, le maire et ses adjoints, ont décidé d’interdire le skateboard ainsi que d’autres jeux identiques  sur la place de la résistance et ses alentours… Que proposent-ils à la place ? Rien, enfin un projet qui ne concernera plus nos futurs boutonneux lorsque ce dernier sera mis en place, enfin s’il l’est… Et je me replonge dans mes quatorze ans, avec les chiens qui courent et le grillage percé, avec les interdictions de tous genres, et les jeudis à la con, pour ceux qui n’ont pas un rond bien sur… ! Parce que pour les autres, les enfants des bourgeois qui siègent au conseil, ou mieux… Ceux qui croient s’être embourgeoisé en étant complice de tels agissements, ceux-là n’ont pas besoin d’une piscine ni d’une piste de skate… Ils l’ont depuis leur naissance la piscine, dans le jardin…Alors, les petits… Faites comme nous, mettez un guetteur vers la porte de.. Paris et entrez en résistance !

Michel Benoit

Photographie Journal du Centre