Les nuits révolutionnaires de Paris par Michel Benoit
7ème étape St Malo – Mûr de Bretagne Guerlédan 197 km
C’est au pied du Mûr qu’on voit le maillot
On l’attendait depuis le premier coup de pédale cette étape devenue un passage obligatoire sur le tour. On saura donc en fin de journée si le dicton se confirme : « C’est au pied du Mûr qu’on voit le maillot ! ». Surnommée « l’Alpes d’Huez de Bretagne », La fameuse côte de Mûr, se trouve à la sortie nord de Mûr-de-Bretagne. Longue de 2 km, elle monte à 6,8 %, avec des passages à 15 %. Autant vous dire que la franchir vous décrasse les poumons jusqu’aux amygdales et tenez-vous bien cette année, il faudra la gravir par deux fois avant de passer la ligne d’arrivée, c’est tout dire !
La réputation de la célèbre côte rendrait presque invisible la ville de Saint-Malo d’où partent les 179 coureurs restants en course. Depuis Lille, les offensives de Van der Poel ont surpassé tous les défis, tout comme Pogacar déborde d’assurance. Tous savent que si ce dernier attaque dans cette étape, ce sera très difficile pour tout le peloton de le suivre et beaucoup y perdrons des plumes. Ce qui n’empêche pas certain de guetter le meilleur moment pour passer à l’attaque. Moi, je vois bien un Grégoire ou un Vauquelin se lancer à l’abordage, tel Surcouf, le corsaire bien aimé de Saint-Malo, et creuser l’écart au classement.
En attendant, les 8 hommes qui sont partis en éclaireurs viennent de se faire rejoindre par les ténors du guidon.
Le peloton est passé Iffiniac, le village de notre Blaireau national, Bernard Hinault, et tous saluent le grand champion Français avec ses 5 victoires du Tour.
A 6 km du mûr, une chute à allure rapide met à terre de nombreux coureurs. La chute est sévère et beaucoup sont groguis. La finale se jouera avec une vingtaine de coureurs, tous biens placés au général. La Flamme rouge dépassée, ils ne sont plus que 8 à concourir. Pogacar n’est pas venu pour rien et à 100 m de l’arrivée, il pousse fort sur les pédales et passe la ligne, remporte l’étape et subtilise le maillot jaune à Van der Poel par la même occasion. Vauquelin s’en tire très bien et termine 3ème.
Demain les coureurs s’élanceront de Saint-Méen-le-Grand en direction de Laval Espace Mayenne et cette étape de plat ouvre la porte une fois de plus à une échappée en solitaire.
Alors, à demain si vous le voulez bien !
Michel Benoit
Aujourd’hui, la promenade de santé sera de 201 km sur un parcours assez accidenté. Le Fan Club de Kévin Vauquelin est au complet et on assiste, du centre-ville aux routes qui longent le parcours, à une véritable parade populaire pour fêter la présence de l’enfant du pays qui se place 3e au classement général.
Ce matin, j’ai envie de rendre hommage aux laborieux participants des 30 marques représentées sur le Tour. Certes, me direz-vous, ils roulent pour leur chapelle, mais sans la fabuleuse caravane le Tour serait-il ce qu’il est ? Je slalome entre les véhicules publicitaires qui prendront la route 2 heures pétantes avant le départ des coureurs et si le cortège ne roule pas assez vite, les motards de la garde républicaine veilleront à ce que la caravane accélère sa vitesse pour conserver cet écart.
Depuis 1930, la caravane publicitaire fait partie du spectacle du Tour de France. Le défilé des voitures est un véritable show et les articles publicitaires sont distribués avec largesse. C’est ainsi que je me retrouve entre le Lion LCL, Banania, la Vache qui rit et les saucissons Cochonou, il ne manque plus qu’Yvette et son accordéon sur le toit de la camionnette de ravitaillement, mais déjà les véhicules s’éloignent vers Vire.
J’ai comme l’impression que cette étape a été créée sur mesure pour qu’un ou plusieurs damnés de la bécane nous concoctent une échappée légendaire, car il ne s’agit pas de faire tapisserie, alors que la plus célèbre d’entre elles, celle de Bayeux représentant la bataille d’Hasting, gagnée par Guillaume le Conquérant et mon aïeul Williem I de Warennes, futur comte de Sussex, sera prêtée d’ici peu aux Anglais dans le cadre d’échanges culturels.
Ce matin Ben Healy ne s’était pas trompé : « C’est le premier jour où une échappée a des chances d’aller au bout » avait-il déclaré. Chose dite, chose faite ! Ils sont 8 à tenter l’aventure et parmi eux Van Der Poel qui compte bien récupérer son maillot jaune. À 40km de l’arrivée, Ben Healy essaie l’échappée en solitaire et creuse l’écart à la surprise de tous d’autant plus que les derniers km sont particulièrement brutaux. Il est élu le coureur le plus combatif du jour et remporte l’étape du jour.
Van der Poel retrouve son maillot jaune et devance Pogacar de 1 seconde au général. Kévin Vauquelin est 4e à 1 min du 1er, une belle performance, car les hommes de Pogacar ont empêché de prendre la poudre d’escampette pour rejoindre le groupe de coureurs échappés durant toute la course.
Demain les coureurs s’élanceront de Saint Malo en direction de Mûr de Bretagne où les difficultés deviendront sérieuses.
Alors, à demain si vous le voulez bien !
Michel Benoit
Le contre la montre individuel est un exercice de style propre au Tour de France. C’est le grand rendez-vous ou chaque coureur se retrouve devant l’éternel, face à son propre miroir, avec ses petits et gros bobos, ses états d’âme, ses doutes et ses certitudes. On pourrait l’associer au jeu de la Vérité tant il met à nue chaque coureur. Pas question de se cacher derrière les grosses cuisses par vent fort ou en cas d’indisposition de rester terré au cœur du peloton en attendant l’arrivée ; la transparence est de mise. En ce 9 juillet, c’est Caen qui a été choisi pour cette 5ème étape. La ville fête son millénaire et rivalise toujours autant avec Rouen et clame haut et fort qu’elle aussi est la ville aux cent clochers.
En attendant, chacun y met de ses prédictions. Ganna ayant abandonné, on pense que le belge Remco Evenepoel à toutes ses chances, mais vu la grande forme du Slovène, on s’attend à ce que Van Der Poel perde son maillot jaune en faveur de Pogacar. Le Bayeusain de 24 ans Kévin Vauquelin, s’il a toutes ses jambes, pourrait bien accomplir son rêve en bousculant les aiguilles de la montre du directeur de la course. Quoi qu’il en soi, il faudra y mettre toutes ses tripes et si c’est un Français qui l’emporte, je vous promets de danser le « French Caen Caen » à l’arrivée.
33 km c’est court et c’est long à la fois. Tous vont s’élancer, l’un après l’autre, pour effectuer ce parcours, face au vent, autour de la cité normande et parcourir les paysages du Calvados, entre mer et bocage, collines et plaines avec une arrivée qui sera jugée près de l'hippodrome de Caen.
Il était le grand favori de la journée et il va gagner l’étape : victoire de Remco Evenepoel. Pogacar subtilise le maillot jaune à Van der Poel sans surprise. Kévin Vauquelin perd son maillot blanc, mais qui grimpe de 2 places au classement général et se sent pousser des ailes pour l’étape de demain où ol partira de Bayeux en direction de Vire et sera soutenu par toute la Normandie.
Ce soir ce sera Calva pour tout le monde !
Demain, la 6étape se jouera en terres normandes sur 201 km, une étape où Vauquelin nous promet de ne pas faire tapisserie !
Alors à demain, si vous le voulez bien !
Michel Benoit
« Je ne suis pas un mauvais bougre ! » avait déclaré hier Brian Coquard, après l’abandon de Philipsen, suite à la terrible chute dont il fut la victime. Bien sûr que non ! Brian, tu es même un champion, mais on ne dira jamais assez que le vélo est un sport brutal et que les primes d’arrivée contribuent à faire bouillir la marmite, alors…
Ce matin en parcourant les rues d’Amiens, J’ai rêvé un instant que Jules Verne écrivait le Tour de France en 22 jours. Un thriller dans lequel tout était bon pour endosser le mythique et éternel maillot jaune.
Au départ, la distribution de macarons me reste sur l’estomac, pas étonnant que je lui préfère le pâté picard au canard ou la flamiche aux poireaux. Au départ, les amiénois, participant à cette manifestation intergénérationnelle, agitent le drapeau tricolore comme pour encourager les laborieux du pédalier à se précipiter vers les méandres de la Seine où du haut de Château Gaillard, du haut de son éperon rocheux et le regard porté sur la ville des Andelys, 10 siècles les contemplent.
On raconte que lors du siège du château par Philippe Auguste en 1204 les troupes françaises se seraient introduites dans le château par les latrines. En réalité, même si cette légende a la vie dure, il semble plutôt que les Français aient trouvé une faille dans la chapelle du château. C’est cette faille qu’il faudra trouver pour gagner l’étape.
Dans le peloton on fait une pause et on déguste au choix des mirlitons ou des larmes de la pucelle. De quoi raviver un homme et avoir des visions et entendre des voix.
4 coureurs vont s’échapper et avec eux Lenny Martinez, lequel s’était plus ou moins fait porter pâle depuis le départ. C’est ce qu’on pourrait appeler « la ficelle picarde » et le Cannois assure et tient la route. Ils conserveront 2 min d’avance jusqu’à la côte de Bonsecours où Martinez prend 2 ponts de grimpeur mais aussi où le peloton le rejoint et là, on arrive dans le dur !
Pogacar n’est pas loin et on l’imagine se mettre dans la peau de Maurice Leblanc et prendre les traits d’Arsène Lupin pour dérober le maillot jaune ou remporter l’étape. À 5 km de l’arrivée, ça roule fort, même très fort et on craint une fois de plus les chutes en cascade. C’est chacun pour soi et Dieu pour tous et vaille que vaille pour sauver sa peau, car ça joue des coudes dans les coins.
À la côte Saint-Hilaire, ils sont beaucoup à entendre des voix façon Jeanne d’Arc. Vingegaard, Pogacard et Van der Poel se regardent en chiens de faïence. Les Français Grégoire et Vauquelins ne sont pas loin. Jorgenson s’est infiltré. Au final c’est Pogacar qui l’emporte au sprint devant Van der Poel. Pogacar enfile le maillot de l’étape et Van der Poel conserve le maillot jaune.
Demain, ce sera un contre la montre à Caen et il faudra que chacun y mette ses tripes pour se positionner correctement.
Alors à demain si vous le voulez bien.
Michel Benoit
Tous Les amoureux du vélo connaissent le nom de celui que l’on surnommait « le blaireau », mais qui était celui que l’on qualifiait de « sorcier » ou de « renard » dans les pelotons ? Et bien en partant de Valenciennes, difficile de ne pas avoir une pensée pour Jean Stablinski qui fut champion de France sur route à plusieurs reprises et qui eut un palmarès professionnel impressionnant…En attendant après nous avoir proposé un Tour 100% français, la grande boucle nous offre Mathieu en jaune, le fils à la Corinne comme on l’appelle à Mérignat, petit fils de Raymond, le Poupou de ma jeunesse. Elle nous offre également superbe maillot blanc, celui du meilleur jeune en la personne de Kévin Vauquelin, de quoi se sentir chauvin jusque dans les cale-pieds.
Surnommée « L’Athènes du Nord », Valenciennes avait réuni l’ensemble de ses habitants pour cette grande fête populaire qui est celle du Tour. Faute de moyens, beaucoup de supporters ne partent pas en vacances cette année encore, mais emmènent les marmots voir passer le spectacle du Tour. Ils sont plus d’un million depuis le départ à border les routes du Nord et du Pas de Calais. Après avoir pris un copieux p’tit déj fait de sottises et de dentelles qui me font dire comme le racontait ma grand-mère : « Èj n'in minjros su l'tiète d'un pouilleu ! » (il en mangerait sur la tête d’un pouilleux), les coureurs s’étaient élancés en direction de Dunkerque, avec sa mer du nord pour dernier terrain vague et ses vagues de dunes pour arrêter les vagues…le plat pays quoi !Il est vrai qu’après deux jours dans le tumulte où tous avaient les nerfs à vif, l’étape paraît bien fade d’autant plus que l’ensemble des coureurs ne semble pas excessivement motivé pour gagner Dunkerque. Van der Poel et ses lieutenants contrôlent la tête de la course et bien fou serait celui à qui viendrait l’idée de s’échapper.
Lors du sprint intermédiaire d'Isbergue, le sprinteur belge Philipsen, vainqueur de la 1re étape, est contraint à l'abandon. On ne parle jamais assez de la violence des sprints et cette fois, c’est Coquard qui a joué au bourreau de Béthune et ses collègues du peloton lui passent un savon ! A 33 km de l’arrivée, on remonte le mont Cassel et c’est Wellens qui franchit la ligne et c’est une nouvelle chute, celle de Renard. Puis à moins de 10km, tous se mettent en place et on entend une clameur monter de l’avant « c’est la lutte finale ! » Girmay, Milan et Coquard se positionnent tandis que les cadors restent à l’arrière, bien au chaud au cas où…Le sprint massif tant attendu arrive et on lâche les grosses brutes. Coquard, encore lui, retourne au tapis avec Penhoet. Girmay est parti trop tôt et c’est Merlier qui l’emporte. Van der Poel conserve son maillot jaune.Ce soir on mangera des zhareng-peck arrosés de bière et se préparera pour Amiens. Quant à nous, à demain si vous le voulez bien !
Michel Benoit