C'est quoi la gauche

C’est quoi la gauche ?

Moins de deux semaines après les élections régionales, il me semblait nécessaire de faire le point sur les évènements qui se sont déroulés depuis celles-ci. Bien sûr, certains d'entre vous me diront : " n'est-ce pas un peu tôt pour affirmer cela ? " Au vue des premières mesures prises et celles que l'on va nous annoncer dans quelques jours (fiscalité entre-autre etc...) je ne le pense pas hélas et la victoire de la gauche et de la droite libérale, avec en embuscade le front national, m'amène à ces quelques réflexions :
 
C'est quoi la gauche ?
La gauche tout d'abord, c'est le contraire de la droite ! La droite c'est la nature. C'est simple, aveugle, brutale, insensible, la nature. C'est la loi du plus fort, du plus rusé, du plus acharné, du plus con. La gauche c'est donc l'anti nature ! La gauche c'est ce qui refuse d'accepter la fatalité cannibale du " parce que c'est comme ça ! " La nature n'a rien à foutre de la justice, de l'égalité des chances, de la poésie, de la pitié ni même de la beauté. La gauche veut y introduire tout ça. La gauche est synonyme de progrès. Par " progrès " j'entends non seulement les sous-produits bidulant de la connaissance : bagnole, ordinateur, moulin à légumes et autres gadget, mais bien la connaissance elle-même, à commencer par celle de ce qui se passe dans les tréfonds de ce qu'il est convenu d'appeler " l'âme " humaine. La droite s'en fou. La droite c'est le conservatisme et même la régression. La gauche innove, car la gauche n'accepte pas l'ordre inhumain des choses. La droite se cramponne, car la droite c'est le petit nombre de nantis, des profiteurs de ce putain d'ordre des choses, de ceux qui tiennent le bon bout et ne veulent pas le lâcher, le bon bout du fric et de la puissance. Elle se fout de l'avenir, de la justice et de l'harmonie planétaire, même si elle proclame le contraire. La gauche est sentimentale, elle cultive un idéal. Cet idéal se nomme " demain " ! La droite aussi est sentimentale, elle a aussi un idéal qui se nomme " hier " ! Il se nomme ignorance, soumission au destin, respect des valeurs, de la tradition et que chacun reste à sa place.. Nos pères avaient tout compris, nous ne ferons jamais mieux qu'eux. La gauche est logique, matérialiste, en un mot : rationaliste. Elle ignore toute vérité qui ne soit pas accessible à son expérience et vérifiée par sa raison. Elle ne conjugue jamais le verbe croire à la première personne du présent de l'indicatif. Quand des gens se disant de gauche croient en quoi que ce soit, fût-ce en le progrès, en l'homme, en l'avenir ou en je ne sais qu'elle sublime entité, ils ne sont plus de gauche, ou alors ils donnent au verbe croire un sens abusif. La droite croit! Elle est con et s'en fait une gloire ou plutôt, elle flatte les cons, ses électeurs chéris. Elle croit en un roi, en un chef de droit divin, en la tradition, en les principes sacrés qui n'ont pas être démontrés, puisqu''elle y croit, ce serait sacrilège... Elle croit en la morale, en sa morale. La gauche est une tentative du plus grand nombre, les vaincus de la nature et aussi de quelques esprits ayant réfléchis à tout cela. Il nous faut bien constater que jusqu'ici la gauche s'est montrée incapable malgré quelques succès partiels, d'ailleurs tolérés et même récupérés par droite quand ils ne lui nuisaient pas, voire l'avantageaient, que la gauche donc s'est montrée incapable de mener une société humaine vers son idéal où, y étant parvenue, de la gérer durablement. Être de gauche, c'est refuser la logique du libéralisme et de la sélection naturelle. C'est construire un projet de vie et de société dans lequel le meilleur n'est ni le plus riche, ni le plus bruyant, ni le plus cher, ni surtout le plus fort. C'est penser qu'il peut y avoir une logique et un projet humain qui vont au-delà de la brutalité et du fait accompli. Il a fallu des dizaines de siècles à nos ancêtres pour arriver à l'idée qu'un humain était un homme, même si c'était une femme, un étranger, un noir, un blanc, un pauvre, un vieillard ou un enfant handicapé. Le premier principe de la gauche est que toutes ces catégories ont le même droit à la dignité.
Hors, que constate-t-on aujourd'hui : Qu'il y a eu dix ans d'expérience et de tumulte dans les années soixante-dix, puis dix années de gestion et de réconciliation avec le " système" où les rêves se sont brisés sur la réalité gestionnaire. Drôle de parcours qui mène des folies du gauchisme à la sagesse du franc fort, des arrières salles de café aux salles de marché, du désordre des luttes aux disciplines de la culture-d’ entreprise, de la ferveur du 10 mai 1981 au désastre de 2002, des vrais tracts aux fausses factures, de l'espoir de l'union de la gauche à la résignation de l'union de la droite nous amenant pour dix ans à un libéralisme sauvage pour en arriver à une gauche sociale qui n'a pour programme que de mettre en tête de gondole une augmentation du smic ( ou plutôt une avance du smic sur 2013 ) de 20 euros... D'un ministre du redressement productif qui n'ose, devant la guerre que lui déclare le Medef, avouer son impuissance. Car il s'agit bien d'impuissance, question de choix, c'est ce qui arrive lorsqu'on s'inscrit dans une logique libérale, même si le terme est remplacé par une social-démocratie à l'allemande.
Pourtant, l'espoir était grand et le choix était clair : rompre avec une société qui ignore l'humain. Si cette voix se concrétise au fil des mois, c'est la mise en marche une fois de plus de la machine à perdre, c'est l'écroulement d'un espoir et c'est peut-être et sûrement plus grave, c'est donner une raison supplémentaire à ceux qui n'ont pas été voter de récidiver, c'est grandir le nombre des abstentionnistes pour les prochaines échéances électorales et ils sont plus de 40% et laisser la place à tous les dangers, à ceux qui sont embusqués et qui attendent patiemment que l'espoir ne soit plus symbolisé que par eux.. C'est donner enfin raison à ceux qui ne font aucune différence entre la droite et la gauche, tout ceux qui " faute d'une place d'être humain " dans cette société croyaient encore que l'espoir d'une revanche sur la vie passait par le bulletin dans l'urne, tous ceux qui imaginaient que cette fois-ci les élus feraient de la politique parce qu'ils avaient des idées et non par carriérisme, tous ceux qui pensaient qu'on en avait enfin terminé d'accompagner la misère et que l'heure était venue de la combattre. Le pouvoir quand on l'exerce comme la droite et comme le gouvernement PS, rend autiste ! Dans dix ans, dans quinze ans, qu'est-ce que le temps ? Nous assisterons à l'affrontement de deux pôles: les milices du peuple contre les milices de la droite la plus dure, la plus extrême, c'est l'histoire toujours recommencée.... à moins que l'on légalise le hasch !
Michel Benoit