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Le Blog de Michel Benoit
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21 décembre 2013

Nevers : 1958 Grand prix du Roman d’Aventure pour Charles Exbrayat.

Exbrayat

1958 Grand prix du Roman d’Aventure pour Charles Exbrayat.      

 

Charles Exbrayat, Charles Durivaux de son véritable nom, éditorialiste et chroniqueur du Journal du Centre à Nevers, se voit récompenser par le jury réuni pour décerner le Grand prix du Roman d’Aventure avec son livre : «  Vous souvenez-vous de Paco ».

Les lecteurs du Journal du Centre et les nivernais dans leur ensemble connaissent la plume redoutable du chroniqueur. Sa renommée incontestable dans tout le département avait fait de lui l’ami et le compagnon des longues veillées au coin du feu, chacun attendant avec impatience son éditorial «  En suivant les jours » ou la rubrique du samedi titrée «  Billet à Corinne », signée du cousin Florestan. Pour beaucoup, Exbrayat était tout simplement «  Charles »

à qui ils écrivaient dans le courrier des lecteurs et qui leur répondait avec une grande simplicité. A présent, ils pourront apprécier l’auteur de Polar qui manie le suspens et l’humour dans un style inimitable, préférant la bonne humeur à l’hémoglobine du roman noir traditionnel.

Mais qui connaît vraiment cet homme de cinquante deux ans qui vient d’être couronné à l’occasion de la parution de son deuxième Polar, son précédent ayant été publié il y a un an aux éditions du Masque sous le titre : «  Elle avait trop de mémoire... » Albert Pigasse, le directeur de la collection Le Masque ne s’était pas trompé en lui déclarant au cours d’un dîner :

«  Mais pourquoi n’écrivez-vous pas vous-même ? » Depuis, c’est avec passion que Charles Exbrayat s’était mis au travail avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui.

Par la suite, le Grand prix du Roman d’Aventure lui ouvrira des portes puisqu’il publiera plus de 80 livres vendus à plus de vingt millions d’ exemplaires, à raison de quatre livres par an et que certains de ces titres seront adaptés au cinéma et à la télévision, tel Imogène, l’amazone à la crinière de feu et au patriotisme exacerbé dont il sera le créateur.

Retraité en 1965, il ne restera pas une journée sans écrire, travaillant très tôt le matin, puis refaisant lire chaque chapitres à sa femme qui veillera sur son style, allant jusqu’à lui demander de «  revoir sa copie » ce à quoi il acquiescera en grognant. Son épouse confie d’ailleurs à son sujet :

«  Je l’ai aidé de mon mieux. C’était un travailleur. Mais ce n’était pas un homme seul, un écrivain replié sur lui-même. Il adorait les rencontres entre amis, il respirait le bon sens et posait un regard d’une lucidité profonde sur les hommes et la vie. »

C’est d’ailleurs ce regard qui lui permit d’écrire le roman que méritaient les grands morts de la première guerre mondiale : «  Jules Matrat » : l’histoire ce cet homme ayant quitté son village du bord de Loire au tout début de la guerre de 14 pour s’enrôler par devoir et survivre grâce aux souvenirs qu’il entretien de sa terre, des bois et des rivières, de sa fiancée qu’il décrit avec l’amour fou d’un jeune homme qui sait qu’il peut tomber sous les balles ennemies d’un instant à l’autre. Jules Matrat obtiendra le prix des Maisons de la Presse et ratera de peu le prix Renaudot. Il demeurera l’hommage inégalé d’un auteur envers ceux qui croyaient encore au bonheur tout en endurant des souffrances morales et physiques au fond de ces terriers que l’on avait très vite surnommé tranchées.

Disparu en 1989, Charles Exbrayat laissera un solide souvenir d’infatigable travailleur aux nivernais ayant collaboré auprès de lui.

Il rêvait enfant de faire de la littérature sa vocation et avait évité le pire, obéir à son père qui voulait qu’il soit médecin, lui qui était tout, sauf un scientifique. Il laissera également le souvenir impérissable de l’homme, engagé dans la résistance.

Alors que son deuxième roman «  Jules Matrat » concourt pour le prix Renaudot, Charles Exbrayat disparaît de la vie publique, quittant subitement femme et enfants. En fait, il a rejoint la Nièvre juste avant ce terrible hiver de 1942 et s’est installé à Toury Lurcy sous une fausse identité. Il y restera  jusqu’à la fin de la guerre. C’est à Toury Lurcy qu’inévitablement il rencontrera les de Champeaux père et fils : le premier, ancien combattant de la grande guerre et capitaine de cavalerie, le deuxième, son fils âgé de 19 ans, qui vient de déserter les camps de jeunesse et a rejoint son père dans la clandestinité. Les deux hommes ont rejoint les F.F.I. du sud nivernais. En août 1944, Exbrayat qui a pris le nom de «  Carnot », sera naturellement aux côtés de Denis de Champeaux, fraîchement nommé délégué des F.F.I de la Nièvre auprès de Roland Champenier qui dirige l’état major des F.T.P. Il participera aux combats qui aboutiront à la libération de la Nièvre, dont Nevers le 9 septembre 1944.

A l’automne, il s’installera au 120 rue des Montapins et reprendra sa plume pour le compte de «  La Nièvre libre » qui a remplacé «  Paris Centre ». Quelques temps plus tard, il devient éditorialiste au journal «  Le Patriote » organe du Front National de la Résistance à Nevers. Il signera 39 éditoriaux. Enfin, le 12 août il signe son 1er éditorial dans le «  Journal du Centre » qui a remplacé «  la Nièvre libre ». Il en sera le rédacteur en chef jusqu’en 1946 et demeurera éditorialiste jusqu’en 1971.

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Michel Benoit

Les Grands Evènements du nivernais

Editions de Borée 2009

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