La France n'est pas un pays, elle est bien plus, c'est une Nation !
Face aux événements que nous vivons depuis quelques temps, nos valeurs culturelles, de vivre ensemble, de tolérance et de partage, semblent bien mises à mal. A l’heure où nous devrions partager l’essentiel de nos valeurs, la priorité de certains peut paraître à géométrie variable et force est de constater que tous ne font pas leur, l’esprit devant se dégager d’une véritable Nation. Certains avancent, même sans aucune arrière-pensée, que la religion est prioritaire sur la nationalité. Il est peut-être temps de rappeler à tous ce qu’est une Nation.
La France n’est pas un pays, elle est bien plus, c’est une Nation ! Une Nation laïque construite idéologiquement. Et qu’est-ce qu’une Nation laïque, sinon une conscience morale que chacun s’approprie au fur et à mesure des générations…
Alors qu’à la naissance de notre société, l’idée de Nation renvoyait à un groupe d’hommes aux mêmes origines communes, cette idée de Nation dépasse aujourd’hui le cadre ethnique ou tribal. Elle trouve sa source dans un ensemble complexe de liens qui fondent le sentiment d’une appartenance commune. Elle est ainsi à la fois extérieure aux individus, en même temps qu’elle est intériorisée et transmise d’une génération à l’autre.
Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu. C’est ainsi qu’Ernest Renan définissait la Nation.
Pour s’imposer, elle suppose également l’existence d’une volonté durable de vivre au sein d’un même ensemble. En France comme dans d’autres pays, la Nation est liée à son histoire. En France, c’est l’action centralisatrice et unificatrice du pouvoir royal qui a contribué de manière décisive à l’émergence de la nation. Mais le sentiment national, présent chez une élite restreinte, s’est diffusé assez lentement. Il faut en effet attendre la fin de la guerre de 100 ans et l’avènement du règne de Louis XI pour que l’idée de nation devienne incontournable en France. La guerre de Cent Ans (1337-1453) va souder les populations dans l’adversité et contribué de manière décisive à l’émergence de l’identité nationale de part et d’autre de la Manche. Réalité historique et politique, objet de réflexion et de débats théoriques, la Nation est également devenue depuis la Révolution française une notion juridique à part entière. L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose ainsi que "le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément." En application de ce principe, la Nation est devenue la source des différents pouvoirs, se substituant au droit divin qui légitimait le pouvoir monarchique. Ainsi, la Nation s’est nourri du centralisme jacobinisme en lieu et place de la centralisation du pouvoir royal, seule garantie d’une approche d’égalité entre tous.
La désignation des détenteurs du pouvoir par le biais de l’élection et le principe d’égalité des citoyens devant la loi et les charges publiques découlent de cette conception de la Nation. Celle-ci peut être définie comme le peuple constitué en corps politique, dont la volonté est mise en œuvre par des représentants élus, sans qu’aucun corps intermédiaire ne puisse y faire obstacle.
C’est sous la bannière de la Nation que la levée en masse fut décrétée et organisée en 1792, alors que les jeunes valeurs de notre pays étaient en grand danger, avec les menaces d’invasion des pays monarchistes coalisés. C’est sous cette même bannière que le peuple insurgé défendit Paris pendant la Commune en 1870. C’est grâce à son impulsion que les taxis de la Marne se mirent en route pour la Champagne afin d’arrêter l’avancée des troupes allemandes fondant sur Paris en 1914.
La constitution du peuple en un corps politique, la nation, détentrice de la souveraineté, modifie par ailleurs la conception de l’État en le soumettant au principe démocratique. La nation le relie ainsi à la société en lui conférant une légitimité démocratique.
Pour cette raison l’État et la nation sont très souvent associés, au point que pour certains, toute nation a le droit de disposer d’un État et tout État doit s’appuyer sur l’existence d’une Nation. L’existence des États-nations apparaît, dès lors, comme une conséquence logique du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce principe s’est imposé au XXe siècle dans la conduite des relations internationales. L’État se caractérise alors par la superposition d’une entité politique souveraine avec un ensemble culturel unifié du point de vue linguistique ou religieux.
C’est ainsi que la Révolution française pu mettre en œuvre une conception unifiée de la Nation, s’opposant aux corps intermédiaires et aux pouvoirs locaux qui divisaient les individus.
Aujourd’hui, l’idée de Nation déplaît. Elle déplaît et elle gène. Elle déplaît tant, qu’elle est mise à rude épreuve à chaque occasion. Par le terrorisme, l’intégrisme bien sûr, qui ne cherche qu’à faire éclater en morceaux cette esprit de Nation, mais pas seulement… Par la mondialisation d’une part, créée par la société libéraliste, que l’esprit de Nation gène considérablement, devenant un frein à la libre exploitation des biens et des personnes. L’ordre financier mondial ne souhaitant qu’une seul chose ; que les pays s’effacent, face à l’enjeu d’un grand marché mondiale où toute distinction, toute originalité, serait supprimées au bénéfice d’un profit toujours plus grandissant. Cette situation obligea d’ailleurs les mouvements révolutionnaires, au début du XXème siècle, de se déclarer internationalistes. En cela, telle la mondialisation, le fédéralisme est un danger pour la Nation.
Je terminerai par cette phrase de Jean Jaurès : « Arracher les patries aux maquignons de la patrie, aux castes du militarisme et aux bandes de la finance, permettre à toutes les nations le développement indéfini de la démocratie et de la paix, ce n’est pas seulement servir l’Internationale et le prolétariat universel, par qui l’humanité à peine ébauchée se réalisera, c’est servir la patrie elle-même. »
Résistons contre la disparition ou la domestication de la France au service d’une volonté étrangère ! Il serait désastreux pour l’humain, pour la liberté et la justice universelle que les forces des ténèbres, nous menaçant, gagnent du terrain car l’homme n’est ni esclaveni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation.
Michel Benoit
