Il y a 99 ans, Jaurès assassiné !
Alors que durant toute la journée du vendredi 31 juillet 1914, Jean Jaurès tente, d'abord à la Chambre des Députés, puis au ministère des Affaires étrangères de stopper le déclenchement des hostilités, l’homme avance en direction de la rue Montmartre. En fin d'après-midi, Jean Jaurès se rend à son journal L'Humanité pour rédiger un article qu'il conçoit comme un nouveau « J'accuse ». Avant la nuit de travail qui s'annonce, il descend avec ses collaborateurs pour dîner au Café du Croissant, rue Montmartre. Vers 21 h 40, Jaurès soupe avec ses partisans, assis sur une banquette le dos tourné vers une fenêtre ouverte.
Raoul Villain tire violemment le rideau, lève son poing armé d'un révolver, et fait retentir une double détonation. Une balle atteint à la tête le tribun socialiste qui s'affaisse aussitôt. L'auteur des coups de feu tente de s'enfuir à grands pas vers la rue de Réaumur mais il est vu par Tissier, metteur en page de L'Humanité, qui le poursuit, l'assomme avec un coup de sa canne et l'immobilise au sol avec l'aide d'un policier. Conduit au poste, il s'exclame : "Ne me serrez pas si fort, je ne veux pas m'enfuir. Prenez plutôt le révolver qui est dans ma poche gauche. Il n'est pas chargé ".
Cet assassinat, qui a lieu trois jours avant le début de la Première Guerre mondiale, précipite le déclenchement des hostilités, notamment en permettant le ralliement de la gauche, y compris de certains socialistes qui hésitaient, à l’« Union sacrée ». Il n’y aura donc pas de grève générale comme le souhaitait Jaurès. On va donc pouvoir passé à " la grande boucherie " qui attend son festin, lequel durera cinq ans. Comme le prédisait Jaurès, les uns, les faibles, les ouvriers, les sans grades, iront mourir au champ d'honneur pour les autres, cette petite poignée de capitaliste qui avaient souhaité se partager le butin européen pour les années à venir.
Villain est jugé en 1919 et acquitté par la justice bourgeoise trop heureuse de s’être débarrassée de celui qu’elle considérait être son ennemi véritable . Le président ordonne sa mise en liberté. La Cour prend un arrêt accordant à un franc de dommages et intérêts demandé par la partie civile, et condamne la partie civile aux dépens du procès envers l'État et Villain aux dépens envers Madame Jaurès. L’écrivain Anatole France, apprenant la nouvelle, écrit à l’Humanité :
« Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. Travailleurs, veillez! »
Jean Jaurès, socialiste humaniste,aura dénoncé sa vie durant et sans faiblir, le contraste entre l’énorme misère du prolétariat industriel et l’insensibilité sociale de la bourgeoisie tout comme son pacifisme le fait haïr des nationalistes.
Michel Benoit


