Trois X Rien des Astres d'Isabelle Monin
J'ai rencontré Isabelle il y a plusieurs années maintenant, elle était très jeune et déjà... Alors que nous présentions nos livres dans les salons champêtres, elle courait dans les bois, rêvassait sur les terrasses et récitait des poésies improvisées, un slam très prenant d'ailleurs, dans les rues de Saulieu, d'Anost ou de Bligny sur Ouches. Et bien voilà ! C'est fait... Avec Trois X rien des Astres, elle nous propose un recueil de poésies aux éditions Vermifuges. En voici un extrait :
APATRIDE, C’EST LE DEAL (derrière son Juke-box)
Elle se tire
Et l’inspire quand elle fait la gueule
Entre deux lèvres serrées un max
Son Juke-box était froid
Ne plus se cacher derrière, faire face
Les mots en l’air, dit-elle
Il l’entend se tordre sous ses promesses
Son Juke-box était froid
Il obéit à sa voix d’ombre
Tiquée bancale
Comme hivernale
Sans se soucier du sol qui manque
A chiffrer ou à perdre
Ni de ses pas qui se dérobent
Dans l’axe
Il l’a sondée de toute son haleine
Mais son Juke-box restait froid
Son Juke-box restait froid
T’as pas idée du manque à vivre
A l’ouest du Juke-box
Apatride, c’est le deal
Cinglantes peurs balafrent son exil
Quotidien
Il relance sans relâche
Sa traversée funiculaire
Mais son Juke-box restait froid
Son Juke-box restait froid
Chaînes des liées
En maillons de chiffres
Fausses sceptiques
Et bâillon délicatement roulé
Au fond des gorges chaudes
Dessine-moi un pays pour les apatrides
Tire pour eux d’un trait une langue
Pré-synchrone, post-
Natale
Et son Juke-box, Juke-box…
Choisis ton disque et deviens
Claqueur de doigts derrière le Juke-box…
En attente d’une parenthèse chloroforme
De son ingérence = inhalation sous forme d’inhibition
D’une fausse couche naufrageuse
orageuse
Son Juke-box était froid
Seul comme un trognon de savon sur le bord de l’évier
paillasse
D’une maison de passes
En crue salasse
D’eau de vie déclassée
Tu t’essouffles à fumer ta journée
Pendant qu’elle t’enfume
Autour du brasero
zéro
Et calcule l’écho d’
Une feinte d’(ter)
enfance en infusion
adolescence en perfusion
adulescence en infraction
p’têt’ que tu vieillis mal ta soumission
Alors
Dessine-moi un pays pour les apatrides
Tire pour eux d’un trait une langue
Pré-synchrone, post-
Natale
Et son juke-box, juke-box…
Choisis ton disque et deviens
Claqueur de doigts derrière le juke-box…
Isabelle Monin
