16 juillet 2009
ITINERAIRE CARNET DE ROUTE
Rentré hier soir au Marrakech, mon hôtel d'une nuit, demain à sept heures je serai dans l'avion qui me ramènera à Lyon. Puis ce sera la route jusqu'à la Nièvre. Un oiseau passe et je rêve que les avions un jour peut-être partiront sans moi... L'avion que je ne prendrai pas, comme on rate un train. Je resterai sur le quai. Ce sera mieux ainsi, et je changerai de mémoire en refermant le livre. Le soleil n'y entrera plus, à jamais. Je n'ai pas envie de dormir et je reste sur la terrasse de l'hôtel à contempler la ville qui s'endort. Tout est calme, reposant. J'ai froid. Pour la première fois j'ai froid. Moussa est reparti dans son village. Au loin, surplombant tout, la grande Mosquée, imposante, semble veiller sur la ville et ses habitants. A quelques heures d'ici, dans le désert, les insectes et autres scorpions sortent de leurs abris pour chercher la fraicheur, laissant derrière eux des traces que d'autres découvriront à l'aube, quand ils prendront la route. Je sais que je referai le voyage, un jour, le dernier, les néons des salles blanches seront mes soleils, éblouissants, Moussa m'emmènera par delà les couloirs, poussant une brancard sur roulettes en guide de chameau et me guidera vers la cité rose. Les portes s'ouvriront à moi par magie, je traverserai la rivière asséchée et regarderai une dernière fois la falaise surplombant les portes du désert. La nuit s'installera petit à petit, une nuit qui ne finit pas....
15 juillet 2009
ITINERAIRE CARNET DE ROUTE
Nous avons repris la route à l'aube pour profiter de la fraîcheur en direction de l'ouest et notre prochaine étape sera Ad Dakhla, un port de pêche dans la péninsule de Rio de Oro. Ce site avait été choisi par Mermoz et Saint-Exupéry pour faire escale en revenant d'Amérique du sud dans les années 20. A une trentaine de kilomètres au sud, les tropiques du Cancer et avec eux le désert absolu. J'ai eu du mal à quitter la ville rose. Ma nuit fut agitée et les images de Rimbaud et de Michel Vieuchange ont peuplé mon esprit et occupé mes songes. Comme si je comprenais à présent ce qu'ils avaient du vivre et subir durant leurs épopées. Faire la route à dos de chameau n'est pas désagréable et me laisse le temps de rêvasser à toute sorte de choses. Je n'en sortirai pas indemne c'est sur !
Nous traversons un village fortifié peuplé de quelques Kasbahs. Un vieux berbère enturbanné vient à notre rencontre, cheminant sur un âne, inquiet. Nous faisons une courte halte obligé et le chef du village nous offre du thé à la menthe. Il faut boire chaud. En rentrant, je dégusterai un bon demi pression c'est sur ! Mais ai-je vraiment envie de rentrer... Ici, le sable est humide et il a du pleuvoir cette nuit.
Il faut que je me souvienne de tout ceci car, balancé continuellement par la démarche de mon chameau, j'éprouve des difficultés à écrire. Des pierres à nouveau, de toutes les tailles, ne se touchant pas, sont disposées sur notre chemin, comme si elles avaient été posées là, par quelques mains.. Moussa me désigne une colline au loin, la dernière avant la vallée et plus loin la mer immense. Prendre un bain... Je prends soudain conscience que mon voyage arrive à son terme. Demain je reprendrai la route de Marrakech, puis l'aéroport et ensuite je retrouverai les petits ennuis, les futilités inventées par l'occident pour occuper nos jours et nos nuits et nous faire oublier qu'ailleurs, la vie n'est pas la même, que les priorités sont différentes et que l'on peut aussi vivre autrement.
14 juillet 2009
ITINERAIRE CARNET DE ROUTE
Elle est devant moi la cité abandonnée. Majestueuse de lumière ! Il va me falloir descendre de la falaise et traverser le lit de la rivière asséchée pour entrer par l'ancienne porte de la ville et m'engouffrer dans les ruelles qui sillonnent toute sa surface comme un labyrinthe. Ce qui était blanc jusqu'à présent, les pierres des murailles, les murs des maisons, devient rosé petit à petit. Je marche à pieds nus dans l'eau. Je m'apperçois que j'avais oublié cette douceur liquide qui calme tout, qui soigne tout, qui appaise tout et qui me fait tant de bien.Plus loin, la ville, imposante de silence, il n'y a plus aucune vie dans cette cité qui est l'ultime rempart au plus grand désert du monde. Encore plus loin, les oueds envahis de sables et de tamaris qui chantent sous le vent, les dunes aux couleurs changeantes, puis le vide immense jusqu'à la frontière algérienne. Une citation ancestrale me vient à l'esprit :" Le désert est beau parce qu'il est propre et ne meurt jamais ! "
J'aperçois Moussa en haut du canion. Il a préféré rester en retrait. Dormir à l'ombre d'une jeune palmeraie. Le sable est brulant et sa couleur change selon l'intensité de la lumière. Au sud d'immenses dunes sableuses se dressent comme des murailles vivantes et m'appellent à elles. Des murailles vivantes... Ces bastilles là, on ne les prendra jamais ! D'ailleurs dans quel but, pour quel symbôle ? En France, à Paris, à Saint-Pierre, on doit fêter le 14 juillet. Je regarde longuement le ciel et appelle à moi l'être suprême pour qu'il veille sur tout ceci le plus longtemps possible. Moussa à deviner que la tentation d'avancer toujours plus loin me rongeait tout l'intérieur et il vient vers moi avec quelques galettes qu'il fait cuir dans le sable. Mohammed, l'un de ses amis, surgit dans l'espace avec trois chameaux. D'où vient-il ? Demain nous partirons vers l'ouest, à moi l'océan !
13 juillet 2009
ITINERAIRE CARNET DE ROUTE
Cela fait maintenant plusieurs heures que nous avons repris la route après une courte nuit. Combien de kilomètres ai-je effectué depuis mon départ ? Je sais seulement que nous avançons vers le but et que mes pieds me font souffrir de plus en plus. Mais comment Moussa peut-il poursuivre le chemin avec ces légères babouches qui ne ressemblent à rien ? A peine descendus dans la vallée, la végétation a soudain prit congé et nous nous retrouvons dans une étendue infinie de pierres, avec pour seul horizon des pierres, des pierres, rien que des pierres. Nous trouvons enfin une piste que nous emprunterons jusqu'à la destination finale. Notre marche est ralentie à présent par la chaleur qui nous assomme. Ici pas de vent, pas un souffle de vent. Rien que des pierres immobiles et du sable. Il faut économiser l'eau et cette pensée me tourmente. Plus j'y pense et plus j'ai soif ! Un bain... Une piscine, là, derrière les collines qui pointent au Sud Ouest.... Je ramasse du sable et quelques pierres que je garde précieusement dans l'une des poches de mon sac à dos: ce sera pour plus tard, quand je serai rentré, le seul souvenir qui en fait en vaille la peine.
Il nous faut gagner ces collines avant le début de l'après-midi à cause de la chaleur. Quel temps fait-il dans la Nièvre ? Je me surprends à marcher comme un automate, nous devons sortir de ce cirque pierreux au plus vite. Moussa, pour la première fois, s'éponge le visage: c'est mauvais signe ! Mon sac est beaucoup trop lourd, les sangles me coupent les aisselles et rentrent dans ma chair. Emporter le minimum c'est encore de trop.
Il est treize heures quand nous atteignons le contrebas de la première collines. Il va encore falloir la gravir. Le début de l'escalade me semble facile mais très vite je manque de souffle alors que la pente se fait plus abrupt. Nous nous aidons de nos mains, et quand nos paumes nous font souffrir, ce sont nos ongles, enfoncés dans la terre sableuse, qui nous permettent de garder un relatif équilibre. Nous sommes enfin arrivés au sommet et je me retourne et regarde l'horizon, le chemin parcouru. Moussa vient de s'assoir, pour la première fois, et me montre du doigt la cité légendaire. Nous y sommes !
12 juillet 2009
ITINERAIRE CARNET DE ROUTE
Nous sommes enfin arrivés au sud du Mont Atlas sans trop de peine et comme le proverbe l'indique nous avons ménagé nos montures. Moussa sourit. Lui savait. Ce soir, nous dormirons chez l'un de ses amis, à deux pas d'une école, au centre d'un petit village. L'école est entourée de murs et la porte d'entrée de la cour est fermée par une grille, tout comme chez nous, en France. A croire que là aussi, les élèves auraient des idées d'évasion...Près de la salle de classe unique, un grand préau servant également à rassembler les jeunes élèves, et un dessin colorié sur la façade, un dessin de canard, qui ressemble étrangement à Donald.
-- Mais ce n'est pas lui ! M'affirme Moussa.
Un lointain cousin certainement. Ici, on ne parle pas de Disney, les jeunes se contentent de s'échanger des images en cachette, qu'ils négocient à prix d'or, passeport pour le rêve et l'aventure.
Les montagnes et le Haut Atlas à l'horizon me rappellent ces étranges photos ramenées par Neil Amstrong lors de son épopée sur la Lune. Des couleurs vertes se mélangent au roux des pierres alors qu'au loin un rose pâle indique certainement le début de la plaine désertique qui annonce le désert sauvage.
La végétation se fait rare et les quelques touffes d'herbe me rappellent que l'on est bien peu de chose... Ailleurs, chez moi, dans la Nièvre, au même instant, des amis, des voisins, doivent maudire la pluie et graissent la lame des tondeuses à gazon. Ici , rien de tout cela, on vénère la moindre brindille d'herbe.
C'est peut-être aussi cela le choc des civilisations....
La nuit s'installe et la fatigue me gagne. Je pense à nos deux ânes qui demain devront remonter au sommet du col du Tichka par un soleil ardent. Nous, nous partirons toujours plus vers le sud. J'ai à présent l'impression que mes rêves sont à ma portée et que rien n'est irréalisable dans ce bas monde.
11 juillet 2009
ITINERAIRE CARNET DE ROUTE
La nuit fut courte. L'orage s'est déclaré en pleine nuit et des pluies torrentielles se sont déversées sur les versants de la montagne. Le ruisseau en contrebas de la maison du meunier s'est transformé en rivière emportant tout avec lui durant plus d'une heure. Le 4/4 n'a pas résisté aux intempéries et à l'aube j'ai pu constater le spectacle désolant d'une nature livrée à elle-même, arbres couchés, cultures ravagées, habitations endommagées... Le véhicule ne pourra être remis sur pieds avant plusieurs jours. Nous allons donc négocier l'achat d'ânes de montagne pour nous permettre de poursuivre notre route et redescendre du Mont Atlas en direction de Ouarzazate. Je prends quelques photos pour immortaliser l'évènement: Le torrent défilant à grande vitesse et Moussa sur son âne bâché. Nous quittons les quelques maisons constituants le village accompagnés par une nuée d'enfants sortis d'on ne sait où et empruntons un chemin parsemé de cailloux pour rejoindre la route principale. Il est six heures du matin et nous profitons d'une légère accalmie de la météo pour parcourir sereinement notre chemin.
Après, si tout va bien, nous amorcerons la descente vers le sud, et je sais alors que la fraicheur environnante laissera sa place à la grande sécheresse et qu'un soleil de plomb ralentira notre marche. Nous nous retrouvons seuls, face à l'immensité du monde, face à nous même et à nos pensées. Il est huit heures. A cette heure, au petit bistro du coin de la place Guy Coquille, les terrasses sont déjà envahies par ceux qui viennent prendre le traditionnel café crème avant d'attaquer leur journée de travail. Un café crème avec un mini croissant et en prime un chocolat glissé entre la tasse et la soucoupe, le tout pour un euro vingt.... Comme tout ceci me paraît loin et sans intérêt. A cet instant, la chose la plus importante est la bonne santé des sabots de nos ânes. Nos ânes sans lesquels nous ne pourrons atteindre notre objectif journalier avant ce soir. Je me surprend à éprouver de la tendresse pour ces animaux tant décriés en Europe et je sais que, quoi qu'il arrive, nous devrons faire corps avec eux.
10 juillet 2009
ITINERAIRE CARNET DE ROUTE
J'ai pris la route ce matin à l'aube, le soleil n'est encore présent mais Moussa m'assure que la journée sera chaude. Le car qui devait nous emmener vers le sud est en panne et nous avons du louer un 4/4 pour traverser le Mont Atlas afin de rejoindre Ouarzazate. Plus nous avançons et plus la fraîcheur nous pénètre. La végétation change vite et j'aperçois par-ci, par là, quelques maisons de bergers , isolées sur les pentes que nous gravissons avec beaucoup de difficultés compte tenu de l'état du véhicule. On m'avait pourtant assuré qu'il était en bon état ! Tant que la route monte, nous serons en sécurité relative mais après.... Un village composé de quelques pauvres maisons, peut-être abandonnées par leurs propriétaires, et bientôt le désert de pierres rouges. Nous sommes en haut du col du Tichca à 2260 mètres d'altitude. Un vieux camion Peugeot nous double sans mal, il est chargé de pierres blanches qu'il transportera jusqu'à la prochaine ville.
Nous amorçons la descente, sans filet, et je me surprend à penser que la vie est peu de chose et qu'elle peu s'arrêter là; tout net, à la sortie d'un virage mal amorçé. Ici, pas de rembardes de sécurité, pas de téléphone, rien, il n'y a rien, que cet espace de quelques centimètres qui nous sépare du gouffre et le ciel qui nous appelle à lui et qui semble nous protéger.
Il est tard lorsque nous arrivons enfin dans la demeure du cousin de Moussa. Celui-ci est meunier et c'est un notable du village. Il nous prépare sa meilleure chambre, des matelats disposés ici et là aux quatres coins de la pièce. L'odeur d'une tagine me rappelle que je n'ai pas mangé depuis ce matin. Le ciel se couvre brutalement et malgré la pénombre j'aperçois des nuages. Moussa m'annonce qu'il se pourrait que la nuit soit humide. Il en est ainsi de temps à autre dans cette région montagneuse et il n'est pas rare que la petite rivière en contrebas de la maison du meunier, où nous sommes installés, déborde de son lit et envahisse les terres avoisinantes. Après un bon repas, je m'endors comme une souche. Demain il fera jour et nous devrons quitter la montagne pour rejoindre le désert. Il est vingt deux heures.
09 juillet 2009
ITINERAIRE CARNET DE ROUTE
Je suis parti hier de la Nièvre via Lyon en direction de Essaouira, la ville blanche. Je ne sais où me mènera ce voyage et jusqu'où il faudra marcher pour retrouver la ville interdite, celle des rêves de ma jeunesse, mais je sais que j'aurai la volonté de l'atteindre. Un vieux marocain, Moussa, m'a proposé ce matin, lors de mon arrivé à l'hôtel, de me faire visiter la ville. Nous nous sommes enfoncés dans les ruelles baignées de soleil, le quartier juif, celui de orfèvres, est intact et les boutiques de joailliers existent toujours avec ces pierres bleues hors du commun qui se reflètent les unes aux autres, scintillants dans la lumière qui inonde les allées menant sur la place principale. Il y a longtemps que la communauté juive est partie de cette ville, d'après Moussa, tout le monde s'entendait à merveille et la vie était paisible, mais un jour les juifs sont partis d'Essaouira. J'ai osé poser la question interdite :
-- Si tout le monde s'entendait bien, pourquoi sont-ils partis ?
Il n'y a pas eu de réponse. Moussa a regardé autour de lui très rapidement et m'a emmené sur les fortifications du port et je suis resté à contempler la mer un long moment, assis sur les muraille tout près des canons alignés sur le chemin de ronde qui protégeait la ville des corsaires.
Je me suis rendu sur le port pour y voir arriver de vieux bateaux chargés de poissons frais qui seront déballés sur le quai, face au marché portuaire. Dans cette concentration bruyante, les hommes s'activent et dépècent leur carguaison avec précision et rapidité pour le grand bonheur des mouettes qui envahissent les étales. Jamais de souvenirs de marins je n'ai vu une telle concentration de mouettes, elles sont partout, cherchant la meilleure pièce, tournicotant sans cesse au dessus de chacun, n'ayant peur de rien, arrachant tantôt la tête d'une sardine, tantôt le haut de la queue d'un rouget en se querellant. Elle règnent sur les quais en maître.
Demain je prendrai la route du désert. Il sera de pierres dans un premier temps et je devrai mettre de bonnes chaussures pour ne pas me blesser. Ensuite, après plusieurs heures de route, j'atteindrai Zagora, qui est la ville passerelle entre l'Afrique et le Maroc, où je ferai étape.












