le-scribe-a-lunettes-clermont-l-herault-1360573708

Longtemps, cette expression : « Je t’aime »,  n’eut d’intérêt selon moi et après réflexion, que la première fois où elle était dite, car elle s’adressait à ce moment précis à une personne qui ne le savait pas (elle s’en doutait peut-être… Mais ne le savait pas officiellement, car elle ne l’avait pas entendu de la voix de celui qui le lui déclarait à l’instant) C’était donc une Information de première importance. 

Je pensais tout comme Roland Barthes, qu’à partir de la deuxième fois où cette expression était utilisée, après que cet aveu ait été déclaré, que cette expression n’avait plus aucun intérêt ni aucun sens, car n’étant plus une information.

Cette expression était alors renvoyée  à l’ordre du cri. C’est un cri que l’on poussait vers l’autre. C’est-à-dire une expression qui pouvait se répéter sans avoir de sens autre que le fait de le prononcer. Une sorte de cri de désespoir, une supplication, un appel à l’aide au même titre que si on lançait un « Je me noie ».

Toutefois, et c’est tant mieux, une opinion n’est jamais définitive bien heureusement (je parle d’une idée, d’une réflexion bien sur et pas d’amour, car là c’est autre chose…) Donc après y avoir réfléchi de nombreuses heures, je reviens sur ce que je pensais. Pourquoi ?

Si l’on considère l’expression «je t’aime » comme une information, il faut donc considérer toutes les pensées et affirmations comme identiques et dans ce cas,«  je t’aime » s’apparente à « j’ai faim » ou «  j’ai soif ».

«  j’ai faim » serait alors une information et la répéter serait un cri. Et pourtant il est normal et habituel que l’expression d’avoir faim se renouvelle à chaque envie d’avoir faim. Cette expression renouvelée est donc considérée comme une nouvelle information à chaque fois qu’elle est prononcée.

Il en est de même pour tout ce qui se répète à l’image de l’information d’actualité, l’éducation, l’enseignement en classe, les ingrédients de l’éducation aussi. N’est-il pas habituel de s’entendre dire qu’il faut répéter 21 fois (je crois) le même mot, la même affirmation, la même phrase, avant qu’elle soit entendue… Et si j’en reviens à mon premier raisonnement, ce ne serait que des cris lancés dans la classe et l’éducation ne pourrait se concevoir qu’en lançant des cris, tous identiques les uns aux autres, minute après minute, heures après heure, jour après jour…

Il existe depuis des dizaines d’années, un comportement dans le domaine amoureux qui s’efforcerait d’effacer de notre langue, de notre expression orale, de nos écrits personnels, cette expression «  je t’aime », la  relayant aux romans de gare et aux romans-feuilletons pour décervelés et attardés de toutes sortes. Cette manipulation du langage a été pensée et propagée par certains intellectuels après 1968, la présentant comme dépassée et la jetant ainsi aux rebus de la langue française, la désignant comme un effet de mode, dépassé et ringard au possible.

Je m’explique : classifiant l’expression « Je t’aime » non plus dans la rubrique information (la plus belle certainement existant dans notre société et notre langue française), mais à une formule s’apparentant à une mode…

Or aujourd’hui et depuis une trentaine d’années, on assiste à un refus quasi général de l’être humain d’employer cette expression.

De son statut indémodable, «  Je t’aime » aurait quitté le langage des dieux et serait passé du statut d’immortel au statut de mortel, permettant ainsi à ses détracteurs de faire en sorte que cette expression ne soit plus à la mode.

 Elle serait donc devenue démodée… réservée au langage du passé ? Certains la dénigreraient au point de la remiser au fin fond d’un vocabulaire réservé à hier, l’apparentant à une expression tirée d’une langue morte, allant même jusqu’à la faire passer comme ridicule, voir dénouée de tout contenu … 

Cet effet de mode a bien sûr des conséquences sur le comportement de l’être humain, sur sa vérité et sur sa destinée. Avouer qu’on aime et dire « Je t’aime » serait devenue la preuve formelle d’un signe de faiblesse, l’aveu d’un manque de virilité chez l’homme et l’aveu d’une soumission chez l’être qui le prononce, le privant ainsi d’une liberté intellectuelle et d’une autonomie totale, puisqu’aimer dans ce sens devient synonyme de « capituler » devant l’autre.

Cette dictature de la pensée allant se glisser jusqu’au plus profond de ce que l’être humain peut posséder ; ses sentiments, ne seraient donc qu’une tentative de manipulation collective de l’esprit qui aurait pour conséquences  des retombées individuelles non négligeables. Cette tentative aurait pour but de transformer la pensée de l’homme en une pensée robotisée,  car seuls les robots n’éprouvent pas encore ce genre de sentiments. Et puis aimer, n’est-il pas la seule réponse aux violences, aux mépris et aux injures qui peuplent notre quotidien ? Et dans ce cas on pourrait se poser la question « à qui profite le crime ? »

Essayez donc d’accrocher à vos fenêtres un drapeau avec la mention « Je t’aime » à la vue de tous et vous verrez se déchaîner une multitude de réactions négatives, brutales, violentes envers vous. Le verbe aimer apparaissant alors comme le seul remède aux maux de notre société et une véritable provocation face à la tentation de l’instauration de la violence, de la haine des autres et de la brutalité du verbe dans notre société.

Alors, Voyons… .N’ayons pas peur du ridicule, de nous livrer l’un à l’autre. Dire « Je t’aime » soulage, nous fait du bien, adoucit l’atmosphère environnante, nous met en confiance, nous donne des ailes et nous permet de décupler nos forces et nos envies. Aimer l’autre, c’est beau et ce n’est pas moi qui déclarerais que l’expression est démodée comme tous ces complotistes de l’amour, ces intellos de bas étage, ces penseurs de supermarchés qui se veulent les penseurs de notre XXIe siècle envers lesquels je persiste et signe et leur déclare « Je vous aime ! »

MB