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Extrait de " Dernier Fric Frac " Polar de Michel Benoit aux Editions de Borée 2017

 

– Toi, t’es encore jeune, des bons coups tu en auras encore d’autres, mais moi… C’est l’un de mes derniers et après je serai aux assurances sociales… dit-il en s’adressant à Simon, puis il lança à Marcel : J’ai besoin de ce fric que je te dis…

– Tu me fais vraiment peur, Joe… reprit Marcel le Brestois. Tu parles comme un vieux, mais t’oublies une chose : c’est qu’on a le même âge… C’est quand même à pleurer, non ? Tu vois, j’ai toujours pensé que tu avais toujours été envieux… Eh oui… Eh bien, tu vois, mon vieux Joe, je me suis trompé… Tu n’es pas envieux, t’es con ! Eh oui, t’es con, mon pauvre ami… Déjà tout jeune, le prof de sport avait détecté en toi des capacités surnaturelles… Parce qu’on était déjà ensemble à l’école… T’étais en quelque sorte un surdoué de la bêtise, un champion de la connerie toutes catégories. Tiens, s’il y avait eu un trophée pour récompenser les cons, t’aurais eu le prix d’excellence, c’est pour dire…

– Mais je ne te permets pas ! répondit Joe dont le visage devenait à chaque parole de Marcel un peu plus grisâtre.

– Tiens, tu m’écœures ! reprit Marcel. Allez, prends ton oseille et tire-toi ! Moi, je vais m’arranger avec Simon. Marcel ouvrit ses deux grandes mains de bûcheron et fit glisser les liasses de billets destinées à Joe dans le sac portant son nom, puis lança le sac à terre… – Allez ! Je ne veux plus te voir…

– Tu ne comprends rien, Marcel ! gémit soudain Joe. Je suis au bout du rouleau, tu sais, il faut me comprendre… Je n’en peux plus… Et puis il y a Yolande… Alors tu vois… Marcel le Brestois regarda une fois de plus Joe le Nantais. « Et puis il y a Yolande ! » tu parles… La môme Yo-Yo, comme il la surnommait lorsqu’ils étaient gamins, avait fait son chemin. D’organisatrice de clandé elle était devenue comme irréprochable et s’était rapprochée des évangiles du jour au lendemain… À croire que le curé du bourg lui avait tapé dans l’œil ! À compter de ce jour, elle s’était donné pour mission de faire revenir Joe dans le droit chemin, enfi n partiellement…

– Tu ne serais pas encore en train de pleurnicher pour nous faire avaler la pilule ?