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Si seulement Saint-Just n'était pas né à Decize!

Non, plutôt si la petite cérémonie n'avait pas été organisée par la municipalité Thermidorienne de cette ville... Car hier, tout avait l'aspect de la foire au pain d'épices, de la fête à neuneu où encore à une prolongation des fêtes de la pentecôte. Je ne vous parlerai pas du niveau culturel de cette manifestation, qui s'était dit festive, et qui ressemblait fort à celle qui avait été organisée au pied levé par les assassins de Robespierre et Saint-Just le lendemain de leurs arrestations, le 10 thermidor et qui après avoir occupée la rue Saint-Honoré avait envahi la place de la Révolution dans l'attente de l'exécution de nos grands hommes, fondateur de la République. D'ailleurs, la rue du commerce, par son étroitesse, remontant jusqu'à la mairie de Decize, avait comme des airs de rue Saint-Honoré en ce 19 août 2017. Mais que le boss et ces lieutenants représentant cette ville se rassurent, il n'était pas question hier d'évoquer la mort infâme de Saint-Just, son assassinat sans le moindre jugement et celle de ses amis députés, dont Robespierre et Couthon, sans oublier une bonne centaine de leurs camarades les jours suivants: non, ces nouveaux petits marquis avaient décidé de se contenter d'apposer une plaque sur la maison, face à la Loire, pour annoncer à la population et aux éventuels touristes que le jeune Saint-Just était né dans celle-ci. Ils pensaient ainsi éviter de rentrer dans le fond du sujet et de parler du rôle de Saint-Just, défenseur du petit peuple, des affamés, des laisser pour compte, organisateur de la victoire aux frontières contre l'ennemi royaliste et à jamais fondateur de la première République.

Je suis resté discret ce 19 août, caché sous un porche, comme l'aurait fait Philippe Lebas s'il ne s'était pas suicidé la veille, persuadé que le peuple avait perdu la bataille face à la bourgeoisie qui s'était donnée la mission de remplacer les royalistes aux commandes de la France afin de s'enrichir toujours plus... Je suis resté discret, ayant fait un cauchemar la veille mettant en scène le premier magistrat de cette ville et son armée toute dévouée de petit bourgeois, voire pire, d'incultes... debout devant la maison du père Robinot, grand-père de Saint-Just, aspergeant la façade de cette dernière avec un balaie, le sang d'un bovin versé dans un sot pour la circonstance, comme l'avait fait un célèbre inconnu sur la maison Duplay le 10 thermidor.

Le seul point positif sera les deux conférences que livrera Pierre Volut en fin d'après-midi sur la jeunesse de Saint-Just à Decize et Decize sous la période révolutionnaire. J'y serai ! Je connais le travail honnête que ce dernier effectue et je suis certain qu'il pourrait intéresser un grand nombre de curieux et de decizois en cette fin d'après-midi.

J'espère toutefois que les sbires du seigneur, son altesse le maire de Decize, manqueront à l'appel comme certains d'entre eux qui, élus pourtant par un électorat avisé, et devant représenter ceux qui souffrent depuis toujours et qui demeurent quoi-qu'on en dise aussi corvéables que leurs ancêtres, ne viendront pas chanter la rengaine habituelle que la bourgeoisie au pouvoir nous impose depuis l'école primaire, à savoir que Saint-Just et Robespierre n'étaient que des tyrans assoifés de sang.

Il est vrai que pour nombre d'entre eux, ils ne sont plus à cela près, certain ayant commencé leur carrière politique locale sur une liste totalement opposée à l'image qu'ils veullent bien montrer d'eux aujourd'hui. C'est grave docteur ? Non, c'est simplement à l'image de notre époque qui décidément a bien des points communs avec celle où vivait Saint-Just.

Michel Benoit