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Pierre Loti, a passé une grande partie de sa vie à transformer sa maison natale rochefortaise en un lieu théâtral, où il se mettait en scène lors de fêtes mémorables.

Les décors de la maisons son inspirés du passé : salle gothique et salle Renaissance, mais aussi des pays lointains d’Orient et d’Extrême Orient, qu’il connut lors de ses lointaines missions…

Maison d’écrivain, unique et féerique, la maison de Pierre Loti est certainement la plus dépaysante et la plus originale des demeures de la fin du XIXe siècle.

C’est une jolie maison du XIXe siècle, au n°141 d’une rue tranquille. La visite commence par un charmant salon pourpre chargé de souvenirs évoquant déjà, subtilement, les différentes vies de Pierre Loti. Un tout petit tableau, à droite de l’entrée, le montre en famille et… dans les nuages. Image miniature et prémonitoire, tant l’homme semble se débattre avec le réel. Puis nous traversons le salon austère et conventionnel de Madame Loti et… tout bascule : la maison devient château Renaissance, chapelle gothique ou encore mosquée arabe, au gré des voyages et des amours de l’auteur de Pêcheurs d’Islande. Partir et revenir: la quête de Pierre Loti, mystique ou décadente, reste peut-être celle d’une paix intérieure jamais atteinte. Sa maison est à son image, extravagante, mélancolique mais toujours d’une beauté fracassante.

En découvrant la mosquée, le visiteur remet ses pas dans ceux d’un jeune marin occidental qui tomba tellement amoureux de la Turquie et d’Hatidjé. D’illustres visiteurs, tels Alice Barthou et Robert de Montesquiou, ont raconté comment des serviteurs habillés en Turcs se prosternaient sur les tapis de prière, tandis que du petit minaret s’échappait l’appel lancinant d’un muezzin qui n’était autre que le fidèle Osman Daney.

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« J’ai meublé ma chambre d’une manière à peu près turque, avec des coussins de soie d’Asie et les bibelots que l’incendie de ma maison d’Eyüp et les usuriers juifs m’ont laissés, et cela rappelle de loin ce petit salon tendu de satin bleu et parfumé d’eau de rose que j’avais là-bas, au fond de la Corne d’or.« 

« Je vis beaucoup chez moi, ce sont des heures de calme dans ma vie, en fumant mon narguilé, je rêve d’Istanbul et des beaux yeux verts limpides de ma chère petite Aziyadé"

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C’est en 1878 qu’il décide réellement la réalisation de son petit palais. Loti a pour les objets une passion quasi fétichiste. « Il n’y a d’urgent que le décor. On peut toujours se passer du nécessaire et du convenu« . Tapis, étoffes, mosaïques, collections d’armes et coffres rassemblés au gré des voyages, trouvent logiquement leur place dans la maison rochefortaise qui a immortalisé, au même titre que ses romans, son illustre propriétaire. La maison natale est le miroir de sa vie, où les rêves et les fantasmes s’expriment audacieusement. Le visiteur traverse un salon rouge, une galerie de portraits, une salle Renaissance puis une pièce gothique, une pagode japonaise, une chambre des momies, une mosquée, un petit salon mauresque chargés d’objets, qui tranchent singulièrement avec l’austérité de la chambre à coucher, empreinte d’humilité.

Le désir d’un Ailleurs le hantera toujours : « Toute ma vie a passé à cela: souffrir de partir et cependant l’avoir voulu« . Loti, l’éternel insatisfait, dira encore: « A défaut du bonheur impossible, j’espérais trouver un peu de Paix« . « Loti, dit Mauriac, a chéri la douleur comme une volupté ». L’officier-académicien qui s’éteindra, en 1923, couvert d’honneurs et de gloire, restera ainsi fidèle à sa devise: « Mon mal, j’enchante« .

Loti avait un don : lors des escales il dessinait, avec une rapidité et une virtuosité déconcertantes, il photographiait à merveille, en technicien déjà éprouvé de cet art tout neuf, il prenait des notes précises et nombreuses.Ainsi engrangeait-il pour lui-même, et pour les autres, une somme considérable d’images, de scènes de la vie courante, d’anecdotes, qui allaient meubler sa mémoire et lui permettre de retrouver intactes toutes ses sensations de grand voyageur à travers le monde.

Grâce à cette capacité exceptionnelle de pouvoir regarder, capter et retenir, en un temps record, les traits originaux du pays où il se trouvait, cet « auteur-reporter-ethnologue » réussit à écrire des livres entiers, aussi denses que vivants, sur des pays qu’il n’a parcourus que durant quelques jours – c’est le cas pour l’Ile de Pâques et pour Angkor – ou quelques semaines, comme pour la Polynésie, l’Inde, le moyen-Orient.