TourdeFrance1903

En juillet 1903, le premier Tour de France cycliste consacre le succès populaire d'une invention vieille d'à peine deux décennies, la bicyclette, affectueusement surnommée la «petite reine». Cet engin, somme toute des plus bizarres (quelle idée d'avancer en pédalant !), est issu d'une longue gestation et d'une succession d'heureux hasards. Les 60 concurrents du premier Tour de France cycliste sont partis le 1er juillet de Montgeron, en région parisienne. Vingt sont arrivés au terme de l'épreuve, à Paris, le 19 juillet suivant, après avoir parcouru un total de 2428 kilomètres en 6 étapes, via Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes. Le vainqueur Maurice Garin a pédalé un total de 94 heures 33 minutes à la vitesse moyenne de 26 km/h. Faut-il le préciser ? Il n'a utilisé de l'avis des spécialistes ni EPO ni aucun autre produit dopant (à l'exception du vin...).

Paris, berceau du vélo... cipède

Au commencement, il y a la draisienne, du nom de son inventeur, le baron allemand von Drais. C'est un cadre sur deux roues, manoeuvré par un guidon et propulsé par le mouvement des pieds sur le sol. En dépit de sa rusticité, il connaît un franc succès dans la bonne société. Sa vocation est de permettre aux piétons d'accélérer leur pas à moindre effort. C'est pourquoi le baron le baptise dans un premier temps «Laufmaschine» (en français : «machine à courir»).

velocipede

En 1818, l'année qui suit l'invention, il dépose à Paris un brevet où il qualifie son deux-roues du néologisme «vélocipède» (du latin velox, rapide, et pes, pedis, pied). Un dimanche de mars 1861, sous le Second Empire, un client se présente dans un atelier de mécanique du quartier des Champs-Élysées, à Paris, pour faire réparer sa draisienne. Comme son fils Ernest éprouve des difficultés à manœuvrer l'engin, l'artisan Pierre Michaux a l'idée d'adapter une manivelle munie de pédales sur la roue avant pour la faire tourner «comme une meule». C'est un triomphe !

Le nom de vélocipède ne s'applique plus désormais qu'à ce nouveau genre d'engin, d'un principe très différent de la draisienne (on ne pose plus les pieds par terre). Il est encore très largement employé sous son abréviation : vélo! L'invention des Michaux se diffuse chez les artisans et les étudiants qui, tous, s'efforcent de l'améliorer. Deux frères, Aimé et René Olivier, issus d'une famille d'industriels lyonnais proches des saint-simoniens et élèves ingénieurs à l'École Impériale Centrale des Arts et Manufactures, se prennent de passion pour ce véhicule. Ils l'équipent d'un frein et accomplissent en août 1865, de Paris à Avignon la première randonnée cyclotouriste. Le succès du vélocipède entraîne une série de manifestations à Paris.

La première course officielle sur piste a lieu le 31 mai 1868 dans le parc de Saint-Cloud, en présence du prince héritier Eugène, surnommé Vélocipède IV par les caricaturistes en raison de son ardeur à convertir la cour au vélo. Des médailles à l'effigie de Napoléon III sont remises aux vainqueurs. On compte bientôt une centaine d'ateliers qui produisent des vélocipèdes. Parmi eux, celui des Michaux, associés à la famille Olivier. Avec 150 ouvriers, sa production mensuelle culmine à près de 300 unités en 1869, quand la famille Olivier rachète la totalité de l'affaire. Depuis lors, et afin d'obtenir le meilleur rendement possible, les fabricants n'ont de cesse d'accroître le diamètre de la roue avant. On arrive ainsi à des «grands-bi» (bi étant une abréviation de bicycle) qui ont l'inconvénient d'être dangereux.

La suite demain si vous le voulez bien......