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Le banc de l’éternité

 

Lorsque nous aurons fuit le monde des vivants,
Nous nous retrouverons sur les bords de l'Aron,
Pour y parler de tout, du bon vieux temps d'avant,
Voyageant vers hier, par le vent nous irons.

Nous nous réunirons, tranquilles, sur un vieux banc,
Invisibles à tous ceux qui passent leur chemin,
Et rirons aux éclats en écoutant Leblanc,
Nous dévoilant des perles écrites à quatre mains.

Puis, pour quelques instants, notre vieux pont de Loire
Sera le plus anglais des ponts mystérieux ;
La brume dissipée, Leblanc viendra s'assoir,
Se caressant la barbe, rêveur et silencieux.

Desseux nous parlera des tout derniers instants
Des assassins paumés qui portèrent leur tête
Sur les bois de justice, amusant pour un temps
Le peuple des faubourgs, goguenard et en fête.

Gavory griffonnant sur un papier journal
Refera les portraits d'une époque révolue,
Tandis que les poulbots ouvriront le grand bal
Des barricades figées aux quatre coins des rues.

Cougny nous fera rire, son béret à la main,
Ayant rejoint la Jeanne depuis quelques années,
Devant un verre de rouquin et quignon de pain,
Témoin d'un autre temps, d'une autre destinée.

J'évoquerai Saint-Just et ce petit être
Qui à gauche de la Lune semblait si différent.
Boulé de ses mains d'or refera renaître
La Monnot et la Piaf sur un clavier géant.

Le temps s'écoulera dans cette éternité,
Comme au vingt et un juin, le sourire de tes yeux
Annoncera joyeux le plus beau des été
Tu me diras je t'aime d'un p'tit air malicieux,
Lorsque nous aurons fuit le monde des vivants...

Michel Benoit