Photo 210C'est à l'occasion d'une petite promenade dans les rues de Gruissan que j'ai découvert cette niche construite sur décision de la municipalité de cette commune en la mémoire du chevalier de la Barre. Tout comme à Paris, voulant peut-être imiter la décision de la commune de Montmartre qui avait baptisé la rue entourant le célèbre Sacré Coeur du nom de cette célèbre victime de la réaction catholique au XVIII°siècle, cette niche est située face à l'entrée de l'église de Gruissan, comme pour rappeler aux passants que l'église si bien pensante avait, elle aussi, son cortège de bourreaux et de victimes. Il est bon de rappeler qui fut ce jeune homme et se souvenir de son martyr.

De son vrai nom François Jean Lefèvre, ce jeune n'a que 18 ans en octobre 1765, et habite à Abbeville. Il est accusé d'avoir commis un crime contre Dieu et d'avoir fait des entailles sur le crucifix en bois du pont neuf de la ville. Il est arrêté pour blasphème et cette accusation est passible de la peine de mort. Arrêté, jugé et condamné, il sera exécuté le 1 juillet 1776.

Le chevalier de La Barre a le poing coupé, la langue arrachée avant de se faire décapiter et d’être jeté au bûcher. Il paye ainsi un blasphème qui a consisté en une mutilation de crucifix, acte qu’il n’a d’ailleurs certainement pas commis. En effet, le jeune homme de dix-neuf ans possédait ce jour là un solide alibi. Mais les preuves sont ailleurs : il ne s’est pas dévêtu la tête au passage d’une procession et possède trois ouvrages interdits, dont le "Dictionnaire philosophique" de Voltaire. Ce dernier, comme l’ensemble des Lumières, dénoncera cette accusation, au point qu’il devra fuir pour échapper à une arrestation. Son ouvrage brûlera d’ailleurs avec le chevalier sur le bûcher. Symbole de l’intolérance religieuse et de la défaillance de la justice du XVIIIème siècle, cette affaire est l’un des dernier procès pour blasphème en France. La Révolution approche et elle réhabilitera de La Barre en 1793.