Achille Millien002Les manuscrits d’Achille Millien, publiés par Paul et Georges Delarue, reposent désormais aux archives départementales de la Nièvre. Achille Millien, né à Beaumont la Ferrière et décédé à l’âge de 83 ans, laisse une production littéraire considérable. Conseiller municipal sans cesse réélu, il fut le premier folkloriste du pays nivernais à avoir recueilli plus de 2600 chansons paysannes et 900 contes populaires, légendes et dictons ! Millien  transmet une œuvre (considérable), traduite dans le monde entier, et ce, bien au-delà des frontières de la Nièvre. Un demi siècle après sa mort, une plaque commémorative sera apposée sur sa maison natale, gravant à jamais l’hommage des nivernais à celui qui restera pour tous : « Le chantre du nivernais »

Achille Millien ne fut d’aucune école. Il ne fut pas de celle de Lamartine, ni de celle d’Hugo, comme il ne sera pas de celle du Parnasse ni du réalisme. Prédagnel dira de lui en 1895 :

« Millien est un poète indépendant, ce qui le rend particulièrement sympathique. »

En effet, Millien restera en marge des grands courants littéraires et gardera, jusqu’au bout l’image d’un poète du « Coin de l’âtre » et des lentes promenades le long des sentiers de la Nièvre, sentiers qu’il contemplait avec une sérénité religieuse. Bien que couronné plusieurs fois par l’Académie Française, dont il ne sera jamais, mais à laquelle il avait manqué de peu d’appartenir, et, bien qu’ayant reçu maintes fois les honneurs des plus grandes critiques littéraires, Millien fut et restera le précurseur du renouveau folklorique d’après-guerre. 

Extrait de « L’heure du couvre-feu, Genêts et Bruyères » 

Le Magister

Voici la salle noire aux bancs et hémicycle

Que n’éclaire jamais un reflet de printemps :

C’est ici, Magister, que depuis quarante ans

Tu parles sans répit du verbe et de l’article 

Ses habits sont trop courts et jaunis par le temps,

Sa bourse est vide, il manque un verre à ses bésicles,

N’importe ; il est heureux, il passe ses instants

Chaque soir à fouiller les romans des vieux cycles. 

Le sommeil, en hiver, le poursuit et, souvent,

Dans sa classe, tandis que le toit tremble au vent,

Il rêve des héros qui charmaient Don Quichotte ; 

Il s’éveille en sursaut, promène son regard

Sur les murs enfumés, et punit au hasard

Quelque enfant dans l’essaim qui ricane et

Chuchote.

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 Extrait du livre " Les grands évènements du nivernais " Editions De Borée Michel Benoit