Quelques confidences à propos de mon ouvrage : La république de la tentation.

img168Vous parler de la république de la tentation en quelques lignes serait du domaine de l’exploit et je n’ai pas cette prétention, toutefois, il m’est agréable aujourd’hui de vous confier ce qui m’amena à écrire ce dernier livre portant sur le 1erscandale politico financier de notre République. Dans l’écriture, comme dans les recherches historiques, et comme ce soir, alors que nous sommes réunis dans cette bibliothèque, tout est affaire de rencontre. La rencontre entre un homme et l’histoire, entre un auteur et la page blanche, entre un chercheur et un document aux archives ou un descendant d’un personnage célèbre, entre un livre et son lecteur et un auteur et son public. Ce fut le cas pour ma part pour ce dernier livre en particulier.

En 1793 la révélation de l’affaire de la Compagnie des Indes aux deux Comités de Salut Public et de Sûreté générale précipitera notre pays dans un syndrome de suspicion. Résumer cette affaire d’escroquerie à une tentative d’enrichissement personnel de la part de quelques représentants élus, comme ce fut le cas depuis plus de deux cents ans, c’était occulter une fois de plus la vérité et s’inscrire dans une démarche nébuleuse au service de la raison d’état. Il en fut bien autrement. Réaliser que cette affaire sordide n’était qu’un moyen parmi tant d’autres pour déconsidérer la représentation nationale et amener rapidement le peuple de France à désirer un retour à la monarchie, parce que trahi,  nous ouvre des perspectives et nous donne les explications nous amenant à comprendre enfin ce qui se déroula du printemps 1793 au 9 thermidor de l’An II. 

img124On ne peut comprendre l’état d’esprit d’un Robespierre, d’un Saint Just, la démarche d’un Danton, d’un Carnot, sans avoir au préalable été informé de cette affaire qui fut l’élément essentiel qui fit basculera Révolution française. Depuis longtemps, comme tout spécialiste de la terreur, je m’interrogeais sur les causes et motifs qui devaient séparer Danton et Robespierre en cet hiver 1793 et qui devaient se terminer par l’arrestation de Danton et son exécution et par la suite par celles de Robespierre, mettant ainsi fin à la période de la   le 9 thermidor de l’an II.

Que s’était-il donc bien passé…. Et pourquoi ces hommes en étaient-ils arrivés à se déchirer.

Si l’histoire est écrite par les vainqueurs, elle est souvent faite par de célèbres inconnus qui préfèrent l’obscurité des couloirs à la lumière de la célébrité. Ce fut le cas cette fois ci encore et après 200 ans, nous apercevons enfin la lumière, lumière que beaucoup avaient préféré cacher pour des raisons politiques, morales et financières. Un  Historien ou féru d’histoire ne peut que constater que l’histoire a toujours été utilisée par le pouvoir pour justifier souvent l’injustifiable et nous en revenons à Danton. Danton, l’homme de la providence, Danton, celui qui déclara que l’on n’emportait pas la Patrie à la semelle de ses souliers, Danton, le sympathique Danton, le sauveur de la patrie en danger, fut l’icône parfait de notre troisième République, qui l’utilisa allégrement en édifiant sa statue sur de nombreuses places publiques, qui donna son nom à de nombreuses rues de notre pays et qui le glorifia jusque dans les écoles pour stimuler  l’esprit de revanche contre la Prusse qui nous avait confisqué l’Alsace et la Lorraine après la défaite de Sedan en 1870.

img121Danton, aujourd’hui nous le savons et en avons les preuves, était un agent payé par l’Angleterre et l’Autriche pour stopper le cours de notre révolution et rétablir une monarchie, qu’il souhaitait constitutionnelle. Danton occupe donc une place importante dans mon ouvrage pour toute ces raisons et également parce qu’il est l’ami d’un député bourguignon qui n’est autre que l’équivalent à nos jours du ministre de la sureté ou de l’intérieur, je veux nommer Claude Bazire. Je vous confiais tout à l’heure toute l’importance que les rencontres pouvaient avoir dans la vie d’un auteur, historien et chercheur et une fois de plus ce fut le cas pour cette affaire et vous allez le constater cela ne manque pas de piquant. Alors, qui était Claude Bazire ?

Fils de boutiquiers dijonnais, ayant raté ses études d’avocat, relégué à la place de commis des états de Bourgogne, mal marié et père d’une enfant qui sera l’ancêtre du lecteur qui m’apostropha au salon de Dijon, Claude Bazire se fera élire député de la Côte D'or au même titre que Carnot, que Prieur de la Côte D'or et gagnera Paris pour siéger à l’assemblée législative puis à la Convention.  Il va tout connaître de ces grands moments exaltants, côtoyer les plus grands et devenir l’un des personnages clefs de l’assemblée et du pouvoir existant. Il sera à l’origine du mot citoyen, de l’emploi du tutoiement, de la suppression du costume ecclésiastique, de la poursuite contre les prêtres réfractaires et de bien d’autres lois…. 

La scène est installée, les personnages sont présents, l’auteur est devant sa page blanche, il ne reste plus qu'à chercher et relater cette affaire qui sera la première grande affaire de corruption de notre 1ère république et pour ceux qui auraient encore quelques doutes sur la moralité de certains de ces hauts responsables je peux vous affirmer que les affaires ne datent pas d’aujourd’hui.

La République de la tentation. Editions de l'Armançon. Michel Benoit