img168Nous étions en décembre 2003 et, en tant que membre de la Société des Auteurs de Bourgogne, venant de faire éditer un livre retraçant les derniers jours de Saint-Just, je goûtais le plaisir des rencontres avec mes lecteurs au salon du livre de Dijon. Tout se passait pour le meilleur des mondes lorsqu’un homme, déterminé, un tantinet provoquant dans le regard et sur de lui, m’interpella en se dressant devant ma table. Il me désigna mon ouvrage sur Louis Antoine St Just de l’index et me déclara à ma grande surprise :

- Vous venez d’écrire un livre sur celui qui a fait guillotiner mon ancêtre !

Cet instant magique, quel historien ne l’avait pas souhaité un jour secrètement, c’était toute la magie des rencontres pouvant survenir au cours d’un salon.

Cette brutale entrée en matière me laissait songeur sur la suite de notre conversation et, après un instant de réflexion, je lui demandai son nom afin de tenter d’identifier un quelconque lien entre mon individu et l’un des nombreux condamnés à mort ayant fait connaissance avec Sanson et sa ‘ louisette » sous la terreur. Celui-ci se présenta sous le nom de Pierre-André J… et, toujours aussi provoquant, mais à présent un temps soit peu agressif, il me donna son opinion sur l’illustre nivernais dont j’avais relaté les derniers instants.

Nous n’étions pas vraiment d’accord et nous parlâmes plusieurs longues minutes avant qu’il ne me dévoila le nom de son ancêtre, si cher à son cœur et dont il défendait la mémoire avec tant de vergue.

- Je descends de Claude Bazire, me dit-il, par la famille de ma mère, sa grand-mère était Claire, la fille du député de la Côte d’Or !

Si la vie privée de Claude Bazire était pour moi tout à fait inconnue, son parcours durant la révolution française et ses amitiés avec Danton et Chabot, dont il devait partager le sort, ne présentaient aucun secret pour moi.

Intrigué par cette rencontre inopinée, j’avais conscience qu’à compter de cet instant, l’écrivain devait laisser la place au chercheur, et, tel Rouletabille, fiévreux, déterminé, et certain que cette nouvelle rencontre allait me procurer le document ; celui dont personne n’a jamais eu connaissance, j’obtenais que nous échangions nos adresses afin de nous revoir rapidement.

Quelques mois plus tard, au cours d’un déjeuner, je me livrai à la confidence ultime pour un auteur ; j’écrirai sur son célèbre ancêtre. Je m’empressai pourtant d’ajouter que mes conclusions sur le rôle qu’avait joué Claude Bazire dans l’affaire de la Compagnie des Indes ne pourraient en aucun cas être influencées par quelque amitié que ce fut. Après nous être entendu sur ce point d’honneur, je m’écriai :

 

 Va pour l’histoire !

Extrait : "La République de la tentation"

Michel Benoit

Editions de l'Armançon 2008